{"id":2993,"date":"2021-09-15T17:46:35","date_gmt":"2021-09-15T16:46:35","guid":{"rendered":"http:\/\/richardaseguin.com\/fra\/?p=2993"},"modified":"2022-03-29T13:42:42","modified_gmt":"2022-03-29T12:42:42","slug":"downtown-blues-des-beale-street-sheiks","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/richardaseguin.com\/fra\/?p=2993","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Downtown Blues\u00a0\u00bb des Beale Street Sheiks"},"content":{"rendered":"<p>J\u2019ai d\u00e9couvert la ville de Memphis, Tennessee, \u00e0 un tr\u00e8s jeune \u00e2ge. Le classique \u00ab\u00a0Memphis, Tennessee\u00a0\u00bb (1959) de Chuck Berry a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des nombreuses chansons que j\u2019aimais quand j\u2019\u00e9tais gar\u00e7on. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1960, la musique R&amp;B issue de Stax Records \u00e0 Memphis a eu une influence majeure sur mon d\u00e9veloppement comme musicien. Elvis Presley, un gars de la campagne de Tupelo, Mississippi, a fait de Memphis le lieu de sa demeure et aussi de son palais, Graceland. Le nom Memphis est principalement un nom d\u2019origine grecque qui signifie \u00ab\u00a0\u00e9tabli et beau.\u00a0\u00bb Apr\u00e8s la guerre de S\u00e9cession, Memphis est devenu le creuset des pionniers du blues, de la musique country, des chansons folkloriques, des jigs et du vaudeville, d\u2019o\u00f9 \u00e9merge une grande partie de la musique populaire am\u00e9ricaine moderne.<\/p>\n<p>En 1926-1927, les maisons de disques, ayant trouv\u00e9 de riches r\u00e9coltes de musique ancienne en G\u00e9orgie, en Caroline du Nord et en Virginie, commenc\u00e8rent \u00e0 chercher plus loin en Arkansas, au Mississippi et au Tennessee. Laiss\u00e9es un peu sur leur faim, les maisons de disques Victor et Okeh d\u00e9p\u00each\u00e8rent des \u00e9quipes d\u2019enregistrement dans la ville o\u00f9 il \u00e9tait le plus logique de r\u00e9unir des musiciens de ces territoires\u00a0: Memphis.<\/p>\n<p>Beaucoup de ces musiciens travaillaient dans l\u2019obscurit\u00e9 compl\u00e8te. Les communications entre n\u2019importe quelle r\u00e9gion et le reste du pays \u00e9taient rares, sinon inexistantes. Si les maisons de disques n\u2019\u00e9taient pas venues d\u00e9couvrir ces musiciens, le paysage musical dynamique de l\u2019Am\u00e9rique qui a \u00e9merg\u00e9 dans les \u00ab\u00a0ann\u00e9es folles\u00a0\u00bb des 1920 ne se serait peut-\u00eatre pas mat\u00e9rialis\u00e9.<\/p>\n<p>De la communaut\u00e9 d\u2019artistes de Memphis sont sortis les jug bands, qui \u00e9taient pour moi l\u2019une des plus grandes r\u00e9alisations artistiques du XXe si\u00e8cle. Les musiciens qui les formaient \u00e9taient pauvres mais talentueux, imaginatifs et motiv\u00e9s. Parce qu\u2019ils jouaient sur les guitares, les harmonicas, les banjos et les violons les moins chers qu\u2019ils pouvaient trouver, un bon nombre de leurs instruments \u00e9taient aussi des articles m\u00e9nagers ou d\u2019autres \u00ab\u00a0instruments\u00a0\u00bb qu\u2019ils ont eux-m\u00eames fabriqu\u00e9s. Tout particuli\u00e8rement, ce sont les sons \u00e9tranges de ces instruments qui ont distingu\u00e9s les jug bands. Avec une cruche vide, ils soufflaient \u00e0 travers l\u2019ouverture pour produire des r\u00e9sonances profondes, presque atonales. Ils attachaient 2 ou 3 cordes \u00e0 un manche \u00e0 balai reli\u00e9 \u00e0 une bo\u00eete \u00e0 cigare vide qui agissait comme r\u00e9sonateur et jouaient ainsi sur leur \u00ab\u00a0guitare\u00a0\u00bb improvis\u00e9e. Les balais \u00e9taient \u00e9galement fix\u00e9s \u00e0 des cuves de lavage \u00e9quip\u00e9es d\u2019une corde qui pouvait \u00eatre jou\u00e9e comme une contrebasse. Pendant qu\u2019ils \u00e9taient dans la buanderie, ils ont pris une planche \u00e0 laver et y ont jou\u00e9 des rythmes fous \u00e0 l\u2019aide d\u2019un ouvre-bouteille. Ils ont cr\u00e9\u00e9 des m\u00e9lodies \u00e9tranges en soufflant \u00e0 travers du papier de soie pli\u00e9 autour des dents d\u2019un peigne. La musique qu\u2019ils cr\u00e9aient \u00e9tait captivante, toujours uptempo et joyeuse. Rien n\u2019\u00e9tait \u00e0 leur \u00e9preuve.<\/p>\n<p>Bon nombre des plus grands pionniers des premiers enregistrements commerciaux de musique \u00ab\u00a0roots\u00a0\u00bb ont \u00e9t\u00e9 n\u00e9glig\u00e9s, tromp\u00e9s ou laiss\u00e9s dans l\u2019obscurit\u00e9 au fil des d\u00e9cennies. C\u2019est le cas de Frank Stokes, le bluesman \u00e0 la voix puissante qui est maintenant consid\u00e9r\u00e9 comme le p\u00e8re du style de guitare blues de Memphis et dont l\u2019important h\u00e9ritage n\u2019est que maintenant pleinement appr\u00e9ci\u00e9. Frank Stokes (1878-1955) est n\u00e9 dans le comt\u00e9 de Shelby, Tennessee. La date exacte de sa naissance varie. Orphelin comme enfant, Stokes a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 \u00e0 Tutwiler, Mississippi par le 2e \u00e9poux de sa m\u00e8re. Il apprit \u00e0 jouer de la guitare dans sa jeunesse et s\u2019installa plus tard \u00e0 Hernando, dans le Mississippi, o\u00f9 vivait une communaut\u00e9 de musiciens comme Jim Jackson (1890-1937), qui dirigeait les Red Rose Minstrels, un spectacle itin\u00e9rant de m\u00e9decine; Dan Sane (1896-1956), qui formerait la moiti\u00e9 des Beale Street Sheiks avec Stokes; Gus Cannon (1893-1979) qui formerait Cannon\u2019s Jug Stompers avec Elijah Avery (aucune donn\u00e9e disponible) et Noah Lewis (1890-1961); Will Shade (1898-1966) qui dirigeait la Memphis Jug Band; et Robert Wilkins (1896-1987), un chanteur de gospel renomm\u00e9. Pour en savoir plus sur Robert Wilkins et pour m\u2019entendre jouer sa chanson \u00ab\u00a0That\u2019s No Way To Get Along\u00a0\u00bb, cliquez <a href=\"http:\/\/richardaseguin.com\/fra\/?p=2650\" rel=\"noopener noreferrer\" target=\"_blank\">ici<\/a>.<\/p>\n<p>Au tournant du si\u00e8cle, Frank Stokes travaillait comme forgeron, parcourant les 25 miles jusqu\u2019\u00e0 Memphis le week-end pour chanter et jouer de la guitare avec Dan Sane, avec qui il a form\u00e9 un partenariat musical de longue date. Ensemble, ils jouaient dans les rues et dans le parc Church (maintenant W. C. Handy Park) sur la rue Beale \u00e0 Memphis. Leur r\u00e9pertoire \u00e9clectique comprenait des chansons de parloir, des rags, des airs de m\u00e9nestrel, des standards du country et du blues et des chansons populaires de l\u2019\u00e9poque. Contrairement au st\u00e9r\u00e9otype du bluesman las et opprim\u00e9 qui chante des chansons m\u00e9lancoliques de chagrin et de perte, Frank Stokes a cr\u00e9\u00e9 une musique vivante et amusante, souvent m\u00eame dr\u00f4le. C\u2019\u00e9tait de la musique de f\u00eate qui transcendait les barri\u00e8res de la race et de la classe et qui exigeait qu\u2019on se l\u00e8ve pour danser.<\/p>\n<p>En 1917, Stokes se joint au Doc Watts Medicine Show en tant que chanteur, danseur et com\u00e9dien blackface. Le Medicine Show a permis \u00e0 Stokes de collaborer avec de nombreux musiciens blancs, y compris la l\u00e9gende de la musique roots, Jimmy Rodgers. Rodgers a ensuite interpr\u00e9t\u00e9 certaines des chansons de Stokes, tandis que le \u00ab\u00a0Yodeling Fiddle Blues\u00a0\u00bb de Stokes est consid\u00e9r\u00e9 comme un hommage \u00e0 Rodgers.<\/p>\n<p>Fatigu\u00e9 d\u2019une vie sur la route, Stokes a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 Oakville, au Tennessee, vers 1920 et retourna \u00e0 sa vie de forgeron et de musicien. Il a encore fait \u00e9quipe avec Dan Sane et les deux ont fait un rendez-vous populaire des soupers de poisson locaux, des bars, des pique-niques et des f\u00eates de maison. Au milieu des ann\u00e9es 1920, le duo se joint \u00e0 Jack Kelly\u2019s Jug Busters, ce qui leur permet de jouer dans des clubs de country blancs, des f\u00eates et des danses. Peu apr\u00e8s, Stokes et Sane sont retourn\u00e9s \u00e0 Beale Street o\u00f9 ils ont commenc\u00e9 \u00e0 jouer sous le nom des Beale Street Sheiks. \u00c0 ce moment-l\u00e0, le film muet de Rudolph Valentino \u00ab\u00a0The Sheik\u00a0\u00bb et la chanson \u00e0 succ\u00e8s \u00ab\u00a0The Sheik of Araby\u00a0\u00bb avaient infiltr\u00e9s le jargon am\u00e9ricain et le mot \u00ab\u00a0sheik\u00a0\u00bb est devenu synonyme de \u00ab\u00a0ladies man\u00a0\u00bb. Je soup\u00e7onne que la prononciation de sheik (c.-\u00e0-d. shake) a aussi quelque chose \u00e0 voir dans tout \u00e7a \u2013 les \u00ab\u00a0Beale Street Shakes\u00a0\u00bb est un nom puissant pour un groupe.<\/p>\n<p>En ao\u00fbt\u00a01927, Stokes et Sane ont apport\u00e9 leur musique de f\u00eate dans les rues et en studio, enregistrant le premier album des Beale Street Sheiks pour Paramount Records. Un critique a \u00e9crit\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019interaction fluide de la guitare entre Stokes et Sane, combin\u00e9e \u00e0 un rythme propulsif, \u00e0 des paroles pleines d\u2019esprit et \u00e0 la voix superbe de Stokes, rendent leurs enregistrements irr\u00e9sistibles.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>En f\u00e9vrier\u00a01928, les Sheiks enregistrent plusieurs pi\u00e8ces pour Victor Records \u00e0 l\u2019auditorium de Memphis, une session qui comprennait aussi le grand bluesman Furry Lewis. Des enregistrements ult\u00e9rieurs pour Victor et Paramount ont parfois \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s sous le nom de Frank Stokes, bien que Dan Shane y ait jou\u00e9 et que le personnel \u00e9tait le m\u00eame que celui des Beale Street Sheiks. C\u2019\u00e9tait un stratag\u00e8me courant des maisons de disques de l\u2019\u00e9poque, qui cr\u00e9aient un certain nombre d\u2019artistes \u00ab\u00a0diff\u00e9rents\u00a0\u00bb simplement en changeant leurs noms. Ainsi, \u00ab\u00a0Downtown Blues\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 sous le nom de Frank Stokes, bien que Dan Sane joue sur la pi\u00e8ce. Je ne suis pas li\u00e9 \u00e0 ces tactiques promotionnelles et j\u2019identifie toutes les pi\u00e8ces de Sane et Stokes sous le nom des Beale Street Sheiks. \u00ab\u00a0Downtown Blues\u00a0\u00bb est un exemple classique de l\u2019irr\u00e9sistible musique de danse compos\u00e9e par Frank Stokes. De plus, en 1928, personne ne chantait comme lui mais, dans la p\u00e9riode d\u2019apr\u00e8s-guerre, de plus en plus de chanteurs de R&#038;B et de rock sonnaient clairement comme Stokes, d\u00e9montrant sa grande influence sur notre musique contemporaine.<\/p>\n<p>L\u2019\u0153uvre de Frank Stokes en fait l\u2019un des artistes de Memphis les plus enregistr\u00e9s de l\u2019\u00e9poque. Ses derniers enregistrements, r\u00e9alis\u00e9s en 1929, mettent en vedette le violoneux Will Batts (1904-1954) et comptent parmi les pi\u00e8ces les plus follement originales jamais enregistr\u00e9es. Malheureusement, le pic de cr\u00e9ation de Stokes s\u2019est produit pendant une p\u00e9riode o\u00f9 l\u2019int\u00e9r\u00eat du public pour la musique bas\u00e9e sur le blues avait commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9cliner. Bien que sa carri\u00e8re d\u2019enregistrement ait pris fin, Stokes est rest\u00e9 un interpr\u00e8te tr\u00e8s populaire. Tout au long des ann\u00e9es 1930 et 1940, il a continu\u00e9 \u00e0 impressionner le public avec son jeu de guitare et sa voix puissante, o\u00f9 il se produit comme membre de spectacles de m\u00e9decine, au Ringling Brothers Circus et \u00e0 d\u2019autres spectacles itin\u00e9rants. Dans les ann\u00e9es 1940, Stokes a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 \u00e0 Clarksdale, au Mississippi, un autre centre de blues traditionnel, et a jou\u00e9 occasionnellement avec son compatriote Bukka White (1906-1977). En 1955, Frank Stokes est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 d\u2019un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral \u00e0 Memphis, la ville dont il a contribu\u00e9 \u00e0 d\u00e9finir l\u2019h\u00e9ritage musical.<\/p>\n<p>Alors que Frank Stokes est largement tomb\u00e9 dans l\u2019obscurit\u00e9 dans les ann\u00e9es qui ont suivi sa mort, le Mt. Zion Memorial Fund, un groupe vou\u00e9 \u00e0 la restauration et \u00e0 la d\u00e9dicace de nouvelles pierres tombales pour les musiciens de blues du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, a construit une pierre tombale en son honneur au cimeti\u00e8re New Park, \u00e0 Memphis.<\/p>\n<p>Richard S\u00e9guin &#8211; voix, guitare acoustique, mandoline, pied<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/richardaseguin.com\/fra\/wp-content\/uploads\/2021\/09\/Downtown-Blues-SITE.mp3\">Downtown Blues<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>J\u2019ai d\u00e9couvert la ville de Memphis, Tennessee, \u00e0 un tr\u00e8s jeune \u00e2ge. Le classique \u00ab\u00a0Memphis, Tennessee\u00a0\u00bb (1959) de Chuck Berry a \u00e9t\u00e9 l\u2019une des nombreuses chansons que j\u2019aimais quand j\u2019\u00e9tais gar\u00e7on. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1960, la musique R&amp;B issue de Stax Records \u00e0 Memphis a eu une influence majeure sur mon d\u00e9veloppement comme musicien. 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