« Just Like Tom Thumb’s Blues » de Bob Dylan

En 1964, Bob Dylan a publié «  The Lonesome Death of Hattie Carroll », qu’il a chanté accompagné seulement d’une guitare acoustique. Les paroles se lisent comme un reportage de journal d’un événement qui a eu lieu le 9 février 1963 à l’Hôtel Emerson, au Maryland, où une servante noire de 51 ans nommée Hattie Carroll fut attaquée avec une canne par un riche client ivre de l’hôtel, William Zantzinger, 24 ans. Carroll est décédée huit heures après l’agression. Par la suite, Zantzinger a été trouvé coupable d’assaut et condamné à passer six mois à la prison du comté, un verdict qui en a exaspéré plusieurs.

En 1965, Bob Dylan a publié « Just Like Tom Thumb’s Blues », qu’il a chanté en jouant une guitare électrique, accompagné par Mike Bloomfield (guitare électrique), Al Kooper (piano électrique), et les musiciens de session Paul Griffin (piano), Harvey Brooks (contrebasse électrique) et Bobby Gregg (batterie). Les paroles décrivent une vision hallucinante de Juarez, au Mexique, où le narrateur rencontre de la pauvreté, de la maladie, du désespoir, de la prostitution, des autorités indifférentes, de l’alcool et des drogues, avant un retour final à la ville de New York. Les paroles font allusion aux œuvres de célèbres auteurs tel Malcolm Lowry, Edgar Allen Poe, Jack Keruac et Arthur Rimbaud.

Alors, que c’est-il passé? Comment a Dylan pu changer si complètement en une seule année?

Bien sûr, nous pouvons passer outre des manifestations superficielles du changement, tel les coiffures ou les vêtements. Toutefois, le changement d’instruments acoustiques aux instrments électriques est extraordinaire et a fourni à Dylan plus de couleurs pour sa palette. Les instruments électriques ont pu mieux exprimer les nuances de son nouveau monde en pleine expansion. Il ne chantais plus à propos des politiques corrompantes qui déchiraient et séparaient la société américaine. Par la suite, Dylan chantait à propos du monde entier, avec toute sa magie et toutes ses aberrations.

De mon point de vue, durant sa première période de « manifestations », Dylan chantait de thèmes qui se passaient dans un pays étranger. Si je trouvais sa cause juste (et c’était le cas), j’étais aussi conscient qu’il n’avait rien à faire avec le Canada. À part des exceptions rares comme Thomas D’Arcy McGee (1868), George Brown (1880) et Pierre Laporte (1970), nous n’assassinons pas nos politiciens au Canada. Nos restaurants servent tout le monde, nos motels accueillent toutes personnes et tout le monde peut utiliser les fontaines publiques. Il en a toujours été ainsi, du moins à ma connaissance. Nous ne sommes pas des Américains et, à partir de 1965, les compositions de Dylan ont quitté l’Amérique pour explorer les chemins non-fréquentés.

Alrick Huebener


Après 1965, les paroles de Dylan défient la logique du monde matériel. Il nous a donné des paroles inoubliables comme :

Yonder stands your orphan with his gun
Crying like a fire in the sun

ou des tournures incroyablement romantiques, tel :

The ghost of electricity howls in the bones of her face

Disparus sont les mots ordinaires exprimant la bigoterie et la haine. Ici était un poète qui tentait de décrire l’ineffable. Les paroles de « Just Like Tom Thumb’s Blues » ont occasionné beaucoup de confusion pour plusieurs gens, en commençant par le titre. Tom Thumb n’est pas mentionné dans les paroles et plusieurs pensent que la référence nous vient de Ma Bohème, d’Arthur Rimbaud, où il se compare au petit poucet qui observe les étoiles. Je crois plutôt que la logique se trouve dans la publication originale intitulée The History of Tom Thumb. Initialement destinée aux adultes, l’histoire fut modifiée au cours des années et reléguée aux pouponnières au milieu du 19e siècle. Publiée en 1621, c’est la première fable qui fut imprimée en anglais. À l’ère du roi Arthur, on y raconte l’histoire de Thomas of the Mountain, qui veut tellement un fils, même s’il n’est que de la hauteur de son pouce. Il envoie sa femme pour consulter Merlin le magicien et, trois mois plus tard, elle donne naissance au diminutif Tom Thumb. Plusieurs aventures bizarres surviennent à notre petit héros – il tombe dans une pâte et est cuit dans un pudding de Noël mais s’échape en mangeant le pudding! Tom se fait avaler (et excréter) par une vache, emporter par un corbeau et avaler à nouveau par un géant et un poisson. Je crois plutôt que Dylan fait une analogie entre ces épreuves fantastiques de Tom Thumb et la situation déprimante révélée dans les paroles de la chanson.

Roch Tassé


Vers la fin de mon arrangement, je fais un clin d’oeil aux Beatles en faisant une allusion musicale à leur composition, « I’ve Just Seen A Face. » Je dois aussi reconnaître les contributions inspirées d’Alrick et Roch, deux des meilleurs musiciens de notre région.

Richard Séguin – voix, guitares acoustiques à 6 et à 12 cordes
Alrick Huebener – contrebasse
Roch Tassé – batterie

Just Like Tom Thumb’s Blues

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