« France Chance » de Joe Callicott

Il est difficile d’accepter qu’un grand bluesman comme Joe Callicott ait vécu toute sa vie dans une obscurité presque totale. Sa date de naissance est inconnue, tout comme son âge quand il est mort en 1969. Il est né et a vécu toute sa vie dans la petite ville de Nesbit, Mississippi. Probablement illettré, il n’a donné aucune interview connue de sa vie, n’a écrit aucune lettre ou carte postale. Il a épousé une femme et est resté avec elle pendant 52 ans, jusqu’à sa mort. Il a travaillé dans le même milieu de travail pendant 38 ans.

Dans les années 1920, Joe Callicott a rencontré Garfield Akers (circa 1902-1959), dont on sait encore moins, et ils sont devenus des amis et des partenaires à vie, jouant tour à tour de rôle de première et deuxième guitare pendant qu’ils chantaient à des fêtes, des soupers de poisson et divers événements sociaux. En 1929, Callicott a apparu pour la première fois sur quatre disques 78 tours, jouant de la deuxième guitare pour Akers. Les deux hommes furent ammenés à Memphis par Jim Jackson (1876-1933), déjà une star de l’enregistrement, un résident de Hernando et voisin de Callicott. En 1930, Callicott a aussi enregistré deux titres avec Jim Jackson.

Garfield Akers a également fait une tournée avec Frank Stokes et le Doc Watts Medicine Show et fut actif sur le circuit sud de Memphis tout au long des années 1930. Aucune photo d’Akers n’existe. Il vivait à Hernando, Mississippi, la communauté qui nous a aussi donné plusieurs grands bluesmen comme Jim Jackson, George « Mojo » Buford, Frank Stokes et Robert Wilkins. Pour en savoir plus sur Frank Stokes et sa musique, cliquez ici. Pour en savoir plus sur Robert Wilkins et sa musique, cliquez ici.

Pendant 38 ans, Joe Calicott a travaillé pour PEMCO Aviation, une entreprise spécialisée dans les services de transport de passagers et de marchandises. Il n’était pas instruit et son travail consistait probablement à s’occuper des marchandises, peut-être à titre de gardien ou de concierge. Son salaire était certainement faible puisque Joe et sa femme Sue Parrish Callicott (aucune donnée disponible) vivaient dans une pauvreté abjecte dans une cabane qu’un chien aurait pensé deux fois avant d’entrer. Ils ont eu un fils, Jeff.

Callicott abandonna presque complètement la guitare en 1959, l’année de la mort de Garfield Akers, mais l’a reprit au milieu des années 1960 pour son propre plaisir. En 1967, le documentariste de blues George Mitchell a rencontré Callicott et a enregistré onze titres avec ce musicien alors ralenti, mais toujours magnifique. Ces pièces feront plus tard surface dans l’album de 2003 « Ain’t A Gonna Lie To You ». Juste avant sa mort, en 1969, Callicott a été le mentor de Kenny Brown (né en 1953), un garçon blanc de 12 ans qui a quitté l’école pour apprendre la guitare de ce modeste maître qui vivait juste en bas de la rue. Kenny Brown a par la suite connu une bonne carrière en tant que guitariste et artiste.

Joe Callicott est enterré dans le cimetière de l’église baptiste Mount Olive à Nesbit, Mississippi. Le 29 avril 1995, une pierre tombale commémorative a été placée sur sa tombe par le Mt. Zion Memorial Fund, une organisation qui commémore les contributions de nombreux musiciens du delta du Mississippi enterrés dans des cimetières ruraux sans marqueurs funéraires. Ce dernier hommage à Joe Callicott a été soutenu par Kenny Brown et financé par Chris Strachwitz d’Arhoolie Records et par John Fogerty, du groupe rock Creedence Clearwater Revival. Le marqueur original de Callicott, une pierre de pavé simple où se lisait simplement « JOE », a par la suite été donné par sa famille au Delta Blues Museum à Clarksdale, Mississippi. Lors de la cérémonie, le Mt. Zion Memorial Fund a remis à Sue, la femme de Callicott, un chèque d’Arhoolie Records pour les redevances obtenues d’un CD réédité des œuvres enregistrées de Callicott.

J’ai choisi de jouer « France Chance », un blues intransigeant de Callicott et étrange à bien des égards. Le titre provient d’un schéma de rimes utilisé dans les paroles. La structure est également étrange puisque Callicott commence à chanter sur l’accord IV, tandis que le chant pour presque toutes les chansons de blues jamais écrites commence sur l’accord I. Certaines des paroles peuvent être cryptiques. « Fair brown » est un terme affectueux, c.-à-d. une belle femme à la peau brune. « Brand new stream » désigne une remorque Airstream, une merveille haut de gamme en acier inoxydable qui ressemble à une balle! Les meilleures paroles de blues sont celles qui sont aussi simples que profondes, parfaitement évoquées avec brio par Callicott dans :

I kmow my doggie when I hear him bark
I know my baby when I feel in the dark

Il n’y a pas mieux que ça.

Richard Séguin – voix, guitare acoustique, percussion

France Chance

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