Archive for janvier, 2019

« Kidney Stew Blues » de Eddie « Cleanhead » Vinson

Eddie « Cleanhead » Vinson

Edward Vinson Jr. (1917-1988) de Houston, Texas, fut un saxophoniste et chanteur de blues, jazz, bebop et R&B. On l’appelait « Cleanhead » suite à un accident où ses cheveux furent accidentellement détruits par un produit à base de soude caustique, utilisé pour redresser les cheveux. Le redressement de cheveux continue d’être très populaire chez les Noirs des deux sexes.

Apprenant le sax alto à un jeune âge, sa compétence sur l’instrument a attiré l’attention des chefs d’orchestre de Houston quand il était encore à l’école et il a commencé des tournées avec l’orchestre de Chester Boone durant ses vacances scolaires. Après sa graduation en 1935, Vinson fut membre de cet orchestre à plein temps, même quand Milton Larkins est devenu son chef l’année d’après. Durant les cinq années qu’il a joué avec Larkins, il a rencontré le très influent guitariste T-Bone Walker, ainsi que Arnett Cobb et Illinois Jacquet, deux grands du sax qui ont joué avec Larkins vers la fin des années 30.

Même comme adolescent, la voix et le sax de Cleanhead avaient leur tour avec le blues. Il était assez bon pour aller en tournée avec des artistes comme Big Bill Broonzy, qui lui a appris à crier le blues. Plus tard, il a joué avec l’orchestre du trompettiste Cootie Williams et celui de Jay McShann, où Vinson a appris l’art et la technique du sax de Charlie Parker, qui jouait avec McShann à l’époque.

Dans les années 40, il s’est penché vers le bebop et il menait son propre orchestre. À un moment donné, son sextuor comprenait le géant du saxophone, John Coltrane. En 1944, son enregistrement de « Cherry Red  » avec Cootie Williams a été bien reçu et son premier enregistrement sous son propre nom, « Kidney Stew Blues » en 1947, fut un énorme succès et est demeuré sa pièce signature pour toute sa carrière. Reflétant la misogynie indifférente de l’époque, la plupart des pièces audacieuses de Vinson à ce temps étaient tout simplement trop torrides pour être diffusées à la radio.

Eddie « Cleanhead » Vinson a connu une longue et fructueuse carrière, jouant avec certains des meilleurs musiciens de la planète. Il a pu capitaliser sur le renouveau du blues dans les années 60, amassant un nouveau et jeune public ici et à l’étranger. Vers la fin de sa carrière, il a joué dans des tournées en revue avec de tels talents que Count Basie, Johnny Otis et Jay McShann. Il est décédé à l’âge de 70 ans d’une crise cardiaque durant une opération de chimiothérapie.

J’ai été chanceux de connaître la première vague du Rock ‘n Roll des années 50, grâce à mon frère Gabriel. J’étais adolescent quand les Beatles ont initié la deuxième vague dans les années 60. Plus tard, je voulais tout savoir sur la musique qui a précédé celle de mon jeune âge. J’ai découvert la musique d’après-guerre, la décennie de 1945 à 1954 où, à mon avis, la meilleure musique du 20e siècle a été créée. Cette musique était exubérante et joyeuse (la guerre était finie), une musique de danse établie par des arrangements composés par les meilleurs musiciens au monde qui étaient confortables avec le jazz, le bebop et les arrangements extravagants de l’ère « Big Band », une musique poussée par des chanteurs déchaînés aux paroles insolentes. On appelait ce style « Jump Blues » mais cette nouvelle musique est vite tombée sous le parapluie nouvellement nommé « Rhythm & Blues. » J’ai conduit ma voiture à Ottawa (l’internet n’existait pas) pour acheter tous les CD R&B que je pouvais trouver. Pas satisfait, j’en ai fait de même à Montréal et à Toronto, complètement intoxiqué par cette musique savoureuse et amassant une collection de R&B impressionnante et très coûteuse! Avec l’arrivée d’Elvis, de Jerry Lee Lewis, de Chuck Berry et de Little Richard vers 1954, on a dû trouvé un autre nom pour cette musique.

 

Richard Séguin – voix, guitares électriques, guitare MIDI (piano)
Alrick Huebener – contrebasse
Roch Tassé – batterie

 

Kidney Stew Blues

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« Don’t Think Twice (It’s Alright) » de Bob Dylan

Bob Dylan au début des années 60

Il y a des événements déterminants dans chacune de nos vies qui définissent notre estime de soi. J’en ai eu deux – mon premier tour de bicyclette sans aide et lorsque j’ai finalement réussi à jouer une guitare dans le style « fingerpicking. » Ce dernier truc fut pas mal difficile puisque je n’avais pas de guitare et je ne pouvais pas me permettre de payer pour des leçons. J’ai appris de moi-même sur des guitares empruntées et, vers la fin des années 60, j’ai vu Mississippi John Hurt à la télé, la caméra faisant un zoom opportun sur ses doigts pour que je puisse voir ce qu’il faisait. J’ai acheté quelques disques de Mississippi John et j’ai essayé et essayé de jouer comme lui, tout comme avec ma bicyclette. Finalement, j’ai pu le faire de moi-même.

Dans les années 60, tout artiste folk, presque sans exeption, deuvait jouer dans le style fingerpicking. Les programmes télévisés à propos de la relance populaire de la musique folk mettaient en vedette plusieurs bons fingerpickers comme Dave Van Ronk, Doc Watson, Pete Seeger et, bien sûr, Bob Dylan.

Plus que la musique, les années 60 furent à propos des paroles – pour la première fois dans l’histoire de la musique populaire, les chansons étaient significatives et abordaient des problèmes graves. Je me souviens très bien de Pete Seeger et de « Where Have All the Flowers Gone? » (la guerre), « If I Had a Hammer » (les droits civiques), « Turn! Turn! Turn! » (la paix mondiale) et « Little Boxes » (la conformité). Lorsque Dylan a quitté le Minnesota pour la ville de New York, ça ne lui a pas pris de temps à dominer la scène musicale des collèges et des cafés, et quand il a composé « Blowin’ in the Wind » en 1962, un hymne du mouvement pour les droits civiques, il est devenu héroïque. Suivèrent plusieurs compositions désignées « chansons de protestation » où les maux du jour furent mis en évidence, comme « The Times They Are A-Changin’ », « Masters of War » et « Oxford Town », que nous avons enregistré en septembre 2015 (voir les Archives).

À l’époque, je ne pouvais que remarquer qu’un autre élément s’entrelacait dans le tissu de la musique contemporaine – un système de valeurs sans amour, froid, nomade, tout à fait au contraire de toutes mes croyances. Certainement, « Don’t Think Twice (It’s Alright) » se placait à l’avant de ce changement social inquiétant, tout comme presque tout ce que les Rolling Stones écrivaient et enregistraient, mais ce genre d’angoisse sociale a commencé beaucoup plus tôt et avait une association canadienne. Hank Snow (de la Nouvelle-Écosse) a connu un grand succès en 1950 avec sa composition « I’m Movin’ On » et Ian Tyson (de la Colombie-Britannique), au début des années 60, a composé « Four Stong Winds », une des plus iconiques de toutes les chansons canadiennes. Tout le monde a enregistré cette pièce, de Neil Young à Johnny Cash et la chanson a fait un malheur en Scandinavie. En Suède, le groupe pop Hep Stars a réalisé un grand succès avec la pièce et, par après, leur joueur de clavier Benny Anderson a connu un succès mondial avec ABBA. En Norvège, le groupe pop The Vanguards a enregistré la chanson et leur guitariste Terje Rypdal est par la suite devenu un des plus influents artistes du jazz scandinave.

Pour un aperçu impressionant du malaise des années 60, voyez le film de 2013 « Inside Llewyn Davis », un autre des chefs-d’oeuvre des frères Coen. Le film suit une semaine bouleversante dans la vie d’un infortuné chanteur folk en 1961. Le film a été nominé pour 90 prix à l’échelle mondiale et en a gagné 27.

Voici ma version version « fingerpicking » de « Don’t Think Twice (It’s Alright », de Dylan.

 

Richard Séguin – voix et guitare

 

Don’t Think Twice (It’s Alright)

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