« Come On In My Kitchen » de Robert Johnson

Robert Johnson

Robert Johnson

Suite à sa mort en 1938, Robert Johnson nous a laissé un total de deux photos et 29 compositions. Sa vie fut un voile de mystères dominée par des mythes de possession diabolique. On a jamais trouvé son corps après sa mort et trois pierres tombales ont été érigées pour lui dans des cimetières de la région de Greenwood au Mississippi. Ce n’est qu’avec la découverte de son certificat de décès en 1967 que les détails de sa vie se sont graduellement révélés.

Johnson est né à Hazlehurst au Mississippi de Noah Johnson et Julia Dodds, dont le mari, Charles Dodds, un cultivateur et menuisier prospère avec qui elle avait eu dix enfants, a dû fuir pour Memphis afin d’éviter un lynchage aux mains de propriétaires blancs irrités par son succès. Dépourvue, Julia s’est joint à un travailleur de plantation qui abusait Robert pour ne pas travailler les champs quand il était encore enfant. Pour un homme noir du Sud durant la première partie du 20e siècle, la vie offrait peu d’autre qu’un boss et une charrue. En dépit de l’émancipation théorique des noirs suite à la guerre civile, les vrais chaînes bruyantes de l’esclavage avaient été graduellement remplacées par la pauvreté et le racisme. C’était de l’esclavage par un autre nom.

Les musiciens visitaient les plantations les fins de semaine et offraient aux hommes comme Robert Johnson un aperçu de ce qu’une vie sans servitude pouvait être. Par contre, pour faire de l’argent, les musiciens devaient aller aux villes, où les gens avaient de l’argent. Ils voyageaient constamment, une vie très dangereuse pour un homme noir au Mississippi, où le meurtre ou le lynchage arrivait régulièrement, bien souvent sans raison. Les musiciens étaient aussi vus par la plupart des gens comme des malveillants à cause de l’Église, très puissante parmi les Américains noirs chrétiens. Avec la boisson, les jeux d’argent, les femmes et le blasphème trouvés dans touts les « juke joints » du Sud, les pasteurs et leurs sermons frénétiques ont vite créé le mythe largement répandu que le blues était la musique du diable.

Quand le maître bluesman (et ex-pasteur) Son House a déménagé dans la région de Robinsonville en 1930, il a fait équipe avec l’accompagnateur local Willie Brown et le jeune Robert Johnson était toujours à leurs concerts (Johnson mentionne Willie Brown par son nom dans sa chanson « Cross Road Blues », l’appelant «mon bon ami »). Son House se souvient qu’à cette époque, Johnson était terrible à la guitare et que les gens hurlaient pour qu’il arrête quand il essayait de jouer.

C’est alors que Robert Johnson a disparu de la surface de la terre. Personne ne savait où il était. Dès son retour, il est retourné au même «juke joint » où House et Brown jouaient mais cette fois, il a complètement renversé la foule quand il a gagné l’estrade. En un peu plus d’un an, Robert Johnson était devenu, par quelque moyen, le meilleur chanteur et guitariste du blues qu’on ait entendu. Personne ne croyait qu’il ait pu devenir si bon en si peu de temps. Les rumeurs se sont vite propagées que Johnson s’était rendu à la croisée des chemins pour vendre son âme au diable en retour pour son immense talent. Plus plausible serait que Johnson soit retourné à Hazlehurst pour trouvé Noah Johnson, son père biologique, mais qu’il ait au lieu trouvé Isaiah « Ike » Zimmermam, le meilleur guitariste de tout le sud du Mississippi à cette époque. Johnson est demeuré chez les Zimmerman et les deux pratiquaient sans cesse assis sur des tombes du cimetière Beauregard avoisinant, jettant de l’huile sur le feu des rumeurs de relations de Johnson avec le diable. Ses compositions n’ont rien fait pour dissiper le mythe non plus, avec des titres comme «Cross Road Blues », « Hell Hound On My Trail » et « Me And The Devil. »

En plus de la remarquable nouvelle musicalité de Robert Johnson, il est aussi revenu un homme changé. Maintenant, il était ce grand buveur irréfléchi que l’Église critiquait sans cesse, un bluesman qui courait les jupons. Plusieurs pointent vers ses deux tentatives infructueuses de vie « normale », où sa première femme, Virginia Travis, est morte en accouchant à l’âge de 15 ans et, plus tard, son union avec Virgie Cain a failli parce que sa famille religieuse ne pouvait pas tolérer que leur fille soit avec un homme qui jouait « la musique du diable. » Par après, la vie de Robert Johnson s’est précipitée vers son destin : un « juke joint » nommé The Three Forks à Greenwood, au Mississippi.

En jouant là, Johnson s’était lié d’amitié avec la femme du barman, qui a cherché à se venger en lui donnant une bouteille de whisky empoisonnée. Les bluesmen David « Honeyboy » Edwards et Sonny Boy Williamson étaient là et, voyant que le sceau de la bouteille était brisé, ils ont tenté de l’enlever à Johnson mais c’était peine perdue. Il a bu et, après trois jours d’agonie, Robert Johnson est mort le 16 août, 1938, 81 ans à ce jour. Il avait 27 ans.

Toutes les compositions de Johnson sont un reflet fidèle de la vie dans le sud des États-Unis pour un homme noir durant la Grande Dépression. Ses paroles sont pleines de références au Hoodoo, la pratique spirituelle amenée de l’Afrique de l’Ouest aux É.-U. suite à la traite transatlantique des esclaves. Le Hoodoo met de l’avant l’équilibre spirituel pour mener au bien-être humain, le dévouement à l’être suprème (et autres divinités secondaires), le respect des ancêtres et l’emploi de talismans pour concrétiser le pouvoir spirituel. On appele ces talismans des mojos. Le « nation sack » (forme abrégée de donation) mentionné par Johnson dans « Come On In My Kitchen » est un tel mojo mais seulement porté par les femmes. Il sert à garder les hommes fidèles et prospères. Le « nation sack » est cérémonieusement préparé et contient en général quelques pièces de monnaie (pour la prospérité) et une identification de l’homme telle une photo (très rare à l’époque) ou tout simplement son nom écrit sur un bout de papier. Le sac contenait aussi l’identité de l’homme – des coupures d’ongles, des cheveux et des morceaux de tissu souillés de sueur, de phlegme, d’urine, de matières fécales ou de sperme. Intéressant que toutes ces choses sont des identifiants positifs d’ADN, utilisés dans le « nation sack » bien avant la découverte de l’ADN. Au 19e et au début du 20e siècle, les femmes portaient toutes des robes ou des jupes et le « nation sack » était accroché à une ceinture portée sous ces vêtements. Le sac et son contenu étaient donc à proximité des parties intimes de la femme, assurant la fidélité de l’homme. Aussi, on ne se débarassait jamais d’un « nation sack. » S’il devenait usé ou déchiré, on cousait le vieux sac à un nouveau. Les hommes ne devaient jamais toucher un « nation sack » et la majorité des hommes ignorait son existence puisque les femmes l’enlevaient la nuit et le gardaient sous clef jusqu’au lendemain. Dans les paroles de « Come On In My Kitchen », Robert Johnson a commis trois transgressions en prenant le dernier cinq cents du « nation sack » de sa femme – il a touché le sac, il a pris une partie de son contenu et, en ce faisant, il a détruit ses pouvoirs magiques. Aussi d’intérêt, les paroles de la pièce qualifient la venue de l’hiver comme « dry long so. » Cette expression, rarement entendue de nos jours, signifie inévitable, ou même destiné.

Guitare à résonateur Dobro 1965

Guitare à résonateur Dobro 1965

J’ai enregistré mon arrangement de « Come On In My Kitchen » avec ma guitare à résonateur Dobro de 1965. Johnson joue la pièce en accord ouvert avec un slide tandis que je la joue en accord standard avec un slide. Depuis les années 1920, les bluesmen du Delta du Mississippi utilisent des guitares à résonateur pour leur son métallique. Pour moi, c’est le son de la Grande Dépression.

 

Richard Séguin – voix, guitare à résonateur Dobro

 

Come On In My Kitchen

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« Boots of Spanish Leather » de Bob Dylan

Au début de 1961, Bob Dylan a quitté Hibbing au Minnesota pour la ville de New York afin de trouver les chanteurs qu’il avait entendus sur disque – Dave Van Ronk, le duo de Sonny Terry et Brownie McGhee, Josh White, le révérend Gary Davis mais surtout il voulait trouver Woody Guthrie (1912-1967), son idole musicale qu’il qualifiait de « la vraie voix de l’esprit américain. » Dylan s’est établi dans le quartier Greenwich Village de New York et s’est fait un nom comme chanteur de chansons traditionnelles folk, chansons présentées sur son premier disque éponyme en 1962. De la musique folk, Dylan a dit « Je savais qu’en me lançant dans le folk, c’était une chose plus sérieuse. Les chansons avaient plus de désespoir, plus de tristesse, plus de chagrin, plus de triomphe, plus de foi dans le surnaturel, des sentiments plus profonds. »

The Freewheelin’ Bob Dylan 1963

En 1963, il était un compositeur dont les pièces devinrent des hymnes de sa génération, des chansons comme « Blowin’ in the Wind » et « A Hard Rain’s a-Gonna Fall », tous deux en vedette sur son second disque, « The Freewheelin’ Bob Dylan. » Ce disque est aussi mémorable pour sa couverture, une photo d’un Dylan souriant qui marche les rues de Greenwich Village, une belle jeune femme au bras.

Elle se nommait Suze (Susan) Rotolo (1943-2011), une artiste et activiste politique de descendance italienne dont les parents étaient membres du Parti communiste américain durant l’ère McCarthy. Au dire de tous, ils étaient un couple dévoué, fréquemment vu dans les environs de Greenwich Village. Dylan a décrit Rotolo comme « une statue de Rodin qui prend vie. » Enfin, la liaison amoureuse n’a pu survivre à l’énorme adulation et l’examen minutieux que Dylan recevait, la désapprobation de la famille Rotolo et les aspirations artistiques de Suze elle-même.

The Times They Are a-Changin’ 1964
Elle est partie pour l’Italie afin d’étudier l’art en juin 1962, retournant après six mois, mais la liaison ne s’est pas perpétuée. La couverture du prochain disque de Dylan, « The Times They Are a-Changin’ » (1964), nous fait voir un homme changé, songeur et distant.

La séparation de Dylan et Rotolo est la source d’inspiration pour plusieurs de ses meilleurs chansons d’amour, telles « Don’t Think Twice, It’s Alright », « Tomorrow Is a Long Time », « One Too Many Mornings » et « Boots of Spanish Leather. »

« Boots of Spanish Leather » est présenté comme un dialogue de six couplets entre deux amants suivi de trois couplets chantés par celui qui est laissé derrière. Quoique la chanson traite du départ de Rotolo pour l’Italie, Dylan a caché ce fait en utilisant l’Espagne comme le pays de destination. La chanson est adaptée de « Scarborough Fair », une ballade qui date de la Période moyen anglais (1150 – 1500).

Dylan avec Suze Rotolo et Dave Van Ronk

La musique folk a disparu comme élément de la musique contemporaine il y a plus de cinquante ans. Les gens d’aujourd’hui auraient de la difficulté à écouter qui que se soit, accompagné d’une seule guitare, chanter des paroles chargées pendant six minutes. Mais c’est exactement ce que je vous propose!

Richard Séguin – voix et guitare acoustique

Boots of Spanish Leather

Pour en apprendre davantage sur « Don’t Think Twice, It’s Alright », une autre chanson composée pour Suze Rotolo, cliquez ici.

Pour en connaître plus sur Greenwich Village au début des 1960, cliquez ici.

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« Tennessee Blues » de Steve Earle

Steve Earle

Steve Earle est né en Virginie mais a grandi à San Antonio, au Texas. Rebelle de nature, Earle s’est enfui de la maison à 14 ans et est parti à la recherche de son idole, l’auteur-compositeur américain Townes Van Zandt. Il a abandonné les études à 16 ans et a éventuellement déménagé à Nashville, l’empire musical du Sud-Ouest américain.

Le genre de musique endossé par Nashville, mielleux, banal et orienté vers le profit, a pousser de nombreux artistes à se rebeller et publier leurs propres chansons acerbes, des chansons de relations ratées enveloppées en paroles de fil barbelé. On a connus ces auteurs-compositeurs comme « hors-la-loi », tous très influencés par le son haut et solitaire de Hank Williams et ses paroles austères. Leur musique était du folk et du bluegrass, du blues et du rock, du country et du R&B et l’industrie du disque, toujours comfortable avec des étiquettes, l’a tout simplement appelée de la musique américaine. Steve Earle est devenu un des meilleurs de ces nouveaux compositeurs, suivant une longue lignée de maîtres tels Johnny Cash, Willie Nelson, Johnny Paycheck, Kris Kristofferson, Guy Clarke, Merle Haggard, Waylon Jennings, Townes Van Zandt et bien d’autres.

Comme interprète, Steve Earle a fait son entrée en 1986 avec son premier disque, « Guitar Town. » Deux chansons de cette collection (« Guitar Town » et « Goodbye’s All We’ve Got Left ») ont atteint le Top Ten. Depuis, Earle a publié 15 disques en studio et reçu trois prix Grammy. Ses chansons ont été enregistrées par Johnny Cash, Waylon Jennings, Willie Nelson, Vince Gill, Bob Seger et Emmylou Harris, entre autres. Il est paru au cinéma et à la télé et a écrit un roman, une pièce et un recueil de nouvelles.

Kris Kristofferson décrit la vie d’un auteur-compositeur à Nashville comme l’opposé d’un emploi 9 à 5, où tu es toujours chez quelqu’un et en route vers quelqu’un d’autre, une vie pleine d’abus et sans sommeil. En 1993, Earle a été arrêté pour possession d’héroïne et encore en 1994, pour possession de cocaïne et d’armes à feu. Il a été condamné à un an de prison mais n’a servi que 60 jours de sa sentence. Par la suite, il a complété un programme externe de désintoxication, reformé son groupe « The Dukes » et débuté une tournée de l’Amérique du Nord, s’arrêtant chez Barrymore’s à Ottawa, où je les ai vus jouer. Ce fut un spectacle triomphal, surligné par le populaire « Guitar Town », sa composition sévère « The Devil’s Right Hand » et une prestation déchirante de « Dead Flowers », une composition des Rolling Stones.

Bien qu’Earle ne l’a jamais avoué, « Guitar Town » fait référence à Nashville, la capitale du Tennessee et la soi-disant capitale mondiale de la musique « Country and Western. » « Tennessee Blues » se veut un adieu à Nashville, toujours appelée « Guitar Town » dans la pièce.

Richard Séguin – voix, guitare acoustique, mandoline

Tennessee Blues

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« The Jealous Kind » de Bobby Charles

Bobby Charles

Robert Charles Guidry (1938-2010), toujours connu comme Bobby Charles, était un Cajun ethnique qui a grandi dans la petite ville d’ Abbeville en Louisiane, écoutant la musique cajun et la musique « country and western » de Hank Williams. Le fils d’un chauffeur pour une compagnie de gaz, sa vie a changé pour de bon quand il a entendu Fats Domino à la radio et il a commencé à composer des chansons à un jeune âge. Il a dirigé un groupe local, « The Cardinals » et il a toujours eu le don du compositeur. En quittant ses amis un soir, il leur a dit « See you later, alligator » et quelqu’un a répondu « In a while, crocodile.» Charles a figé sur place. À ce moment, comme ça lui arriverait toute sa vie, la chanson « See You Later, Alligator » s’est formée toute entière dans sa tête. Il avait 14 ans. Plus tard, Fats Domino a joué à Abbeville et il a invité Charles à un show à la Nouvelle-Orléans. Le jeune chanteur a répondu qu’il n’avait pas les moyens pour s’y rendre et Domino a répliqué « Alors commence à marcher. » S’en était fait : la chanson « Walking to New Orleans » était dans sa tête. Fats Domino a enregistré la chanson en 1960 et c’est devenue sa pièce signature.

Suite à la popularité de « See You Later, Alligator », le propriétaire d’un magasin de disques local a recommandé Charles à Leonard Chess de la fameuse étiquette Chess de Chicago. Après que Charles lui eut chanté la chanson au téléphone, Leonard Chess l’a signé sur place. Charles a surpris les propriétaires de Chess à sa première visite à Chicago, qui étaient tous convaincus par le son de sa voix que Charles était un noir! Ils avaient arrangé une tournée promotionnelle des lieux afro-américains du « chitlin circuit » pour lui, qui a dû être annulée.

Chess a publié la chanson de Charles sous le titre « Later Alligator » en janvier 1956 mais Bill Haley & His Comets ont enregistré la pièce comme « See You Later, Alligator », une version qui a vendu un million de copies aux É.U. Bien que Charles ait joué aux côtés de grands comme Little Richard, The Platters et Chuck Berry, ses propres disques pour Chess, Imperial et Jewel n’ont pas connus beaucoup de succès. Par contre, il n’avait pas d’égal comme compositeur. Par exemple, sa composition « (I Don’t Know Why) But I Do » fut un énorme succès pour Clarence « Frogman » Henry en 1961, le plus gros hit de sa carrière.

Alrick Huebener

Quand Elvis Presley a joué le théâtre Paramount à New York en 1956, Bobby Charles l’a rencontré dans les coulisses et a eu la chance de passer un peu de temps avec lui. Elvis lui a dit « Quoi que ce soit, ne soit jamais aussi grand que moi. Je ne peut pas aller au cinéma. Je ne peut rien faire. C’est terrible. L’argent est bon mais c’est une vie terrible. » Charles a pris ça à cœur et, pour le reste de sa vie, ses chansons furent beaucoup plus populaires qu’il ne l’était lui-même.

Charles est disparu de la scène musicale dans le milieu des années soixante et est devenu membre de la communauté d’artistes en résidence de Woodstock, apparaissant sur des enregistrements de Paul Butterfield et faisant une rare apparition sur scène en 1976 à The Last Waltz, le concert d’adieu pour The Band. Il a chanté et joué avec Dr. John sur la classique de la Louisiane « Down South in New Orleans. »

Roch Tassé

Charles a vécu pour quelques années en isolement à Holly Beach sur le golfe du Mexique. Après que sa maison fut détruite par l’ouragan Rita en 2005, il est revenu à Abbeville. On a reconnu ses contributions à la musique de son état d’origine par une intronisation au Temple de la renommée de la Louisiane en 2007. Bobby Charles s’est effondré près de chez lui à Abbeville en 2010, victime d’années de pauvre santé. Il est survécu par quatre fils.

Ses chansons ont toujours attirés les meilleurs chanteurs du métier et « The Jealous Kind » n’est certainement pas une exception. Elle fut enregistrée par Joe Cocker, Delbert McClinton, Ray Charles et Etta James, entre autres.

Une grosse partie de la musique sur ce site ne serais pas possible sans la contribution exceptionnelle d’Alrick Huebener (contrebasse) et de Roch Tassé (batterie et percussion).

 

Richard Séguin – voix, guitare acoustique, guitares électriques, guitare MIDI (piano électrique)
Alrick Huebener – contrebasse
Roch Tassé – batterie

 

The Jealous Kind

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« Green Green Rocky Road » de Dave Van Ronk

Dave Van Ronk

Vers les mi-1950, plusieurs intellectuels se sont rassemblés pour créer leur art dans le village Greenwich de la ville de New York : ses collèges, universités, librairies et cafés. Vinrent en premier les conteurs, les poètes « beat », qui façonnaient leurs mots aux rythmes et aux cadences du jazz, récitant souvent leur poésie au son d’une contrebasse ou d’une batterie. Suivirent les musiciens et l’instrument de choix était la guitare acoustique, habituellement jouée dans le style « fingerpicking. » De ce centre culturel, ce qui a été connu comme le renouveau folk s’est répendu à travers les États-Unis.

Le révérend Gary Davis (et danseuse)

J’ai connu le renouveau folk grâce à la télévision canadienne. La CTV et la CBC ont toutes deux diffusé « Let’s Sing Out », filmé sur place à une université canadienne différente chaque semaine. Plusieurs artistes importants y étaient en vedette, y compris Simon & Garfunkel et Joni Mitchell, la fierté de la Saskatchewan. Le show américain « Hootenanny », tracassé par des différends politiques entre les producteurs et les artistes, n’a duré que deux ans mais a été rediffusé par la CBC. Ce show m’a permis de connaître des guitaristes comme Mississippi John Hurt (1892-1966), le révérend Gary Davis (1896-1972) et Dave Van Ronk (1936-2002). Van Ronk a étudié avec le révérend Gary Davis, qui voyait la guitare comme un piano porté autour du cou. À cette approche pianistique, Van Ronk a ajouté les sophistications harmoniques de Jelly Roll Morton et Duke Ellington. Il a aussi introduit le monde folk aux harmonies complexes de Kurt Weill.

Scott Joplin

Je me souviens que Van Ronk jouait « Maple Leaf Rag », un des chefs-d’oeuvre de Scott Joplin (1868-1917) et que je ne pouvais pas croire que cette musique de piano sophistiquée pouvait être jouée sur une guitare. Tout de suite, j’ai cherché et trouvé des livres de transcription de la musique de Scott Joplin pour la guitare, que je conserve toujours. Van Ronk a aussi été un mentor important pour plusieurs artistes qui venaient au village Greenwich de très loin, y compris Bob Dylan et Joni Mitchell.

« Green Green Rocky Road » nous vient du poète « beat » Bob Kaufman, qui l’a tout simplement donnée à Dave Van Ronk. Van Ronk l’a achevée avec l’aide de son musicien collègue Len Chandler. La chanson est vite devenue un favori des fans et la pièce signature de Van Ronk pour toute sa carrière.

Bob Kaufman

Bob (Robert Garnell) Kaufman (1925-1986) a déjà dit « Je veux être anonyme. Mon ambition est d’être complètement oublié. » J’espère qu’il me pardonne pour cette négligence de ses vœux, mais il est un artiste trop important pour oublier. Un résident de San Francisco, Bob Kaufman a fondé et agit comme rédacteur en chef de Beatitude, un magazine dévoué à la poésie et la source du mot « beatnik », que Kaufman a inventé. Généralement il n’écrivait pas ses paroles et la plupart de son œuvre se perpétue grâce à son épouse Eileen, qui écrivait ses poèmes comme il les concevait. Il a appelé un de ses recueils « Cranial Guitar », un concept brillant. La discrimination raciale battait plein fouet à l’époque et Kaufman avait la police de San Francisco sur le dos tout simplement pour réciter sa poésie en public. En 1959, le sommet de l’ère beatnik, il fut arrêté 39 fois par la police de San Francisco pour « conduite désordonnée » (c.à-d-., lire de la poésie en public).

En 1961, Kaufman fut en nomination pour le prix Guinness de la poésie en Angleterre, éventuellement gagné par T.S. Eliot. En 1963, il a été arrêté pour avoir marché sur l’herbe du parc Washington Square dans le village Greenwich. Il fut incarcéré à l’île Rikers et envoyé à l’Hôpital Psychiatrique Bellevue comme un « cas problème » où il a subi des traitements d’électrochocs qui n’ont qu’augmenté sa sombre perspective de la société. Après l’assassinat de John F. Kennedy, Kaufman, un bouddhiste, a pris un vœux de silence qui a duré 10 ans.

Même si sa vie fut pleine de souffrance, plusieurs vont se souvenir de Bob Kaufman pour sa brillante idée qui est devenue le papillon musical connu comme « Green Green Rocky Road. »

 

Richard Séguin – voix et guitare acoustique

 

Green Green Rocky Road

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« Boom Boom (Out Go The Lights) » de Little Walter

Little Walter

Quand Little Walter (Marion Walter Jacobs, 1930-1968) est arrivé à Chicago en 1945, il était déjà un vétéran du soi-disant «  Chitlin Circuit   », une collection de salles de spectacle à travers l’est, le sud et le haut midwest qui fournissaient un accueil commercial et culturel pour les musiciens et autres artistes
Afro- américains durant l’ère de la ségrégation raciale aux États-Unis. Les chitlins sont les petits intestins frits du porc, un délice dans le Sud.

En 1952, comme Little Walter s’engageait à joindre l’orchestre de Muddy Waters, la première prise de son premier enregistrement fut la pièce instrumentale « Juke », le plus grand succès de tous les artistes sur Chess Records et ses sociétés affiliées jusqu’à date et un des plus gros hits de 1952 à l’échelle nationale, assurant sa position sur la liste d’artistes de Chess pour la prochaine décennie. En plus de ses enregistrements avec Muddy Waters, Little Walter a enregistré une suite de succès en son propre nom, y compris 14 hits top ten dans la catégorie R&B de 1952 à 1958.

La technique d’amplifier l’harmonica que Little Walter a développée a tellement changé le son de l’instrument qu’il fut dorénavant appelé un blues harp ou tout simplement un harp. À Chess, Little Walter pouvait utiliser les talents des musiciens et compositeurs les plus doués du pays. En 1957, il a enregistré un autre hit top ten, « Boom Boom (Out Go The Lights) », avec de telles vedettes que Willie Dixon à la contrebasse, Luther Tucker et Robert Lockwood Jr. à la guitare électrique et Fred Below à la batterie. En plus de la force du vocal et du harp de Little Walter, la chanson met en vedette des accords à la guitare qu’on entend dans le jazz mais certainement pas dans le blues. À cette époque plus misogyne, les paroles de la pièce ne faisaient pas sourciller grand monde, mais elles passeraient plus difficilement aujourd’hui.

« Boom Boom (Out Go The Lights) » fut composé par Stan Lewis (1927-2018), un de ces nombreux grands entrepreneurs qui oeuvrent dans les coulisses de l’industrie de la musique. En 1948, Lewis a fondé Stan’s Record Shop à Shreveport en Louisiane, un énorme succès qui comptait parmi ses clients les jeunes Elvis Presley, Buddy Holly et Bob Dylan. Comme producteur, Stan Lewis fut responsable pour « Reconsider Baby », un gros hit en 1954 pour Lowell Fulson (1921-1999) et pour une des meilleures chansons de tout le rock ‘n roll, « Susie Q », enregistrée en 1957 par Dale Hawkins (1936-2010), un employé de Stan’s Record Shop et un cousin de Ronnie Hawkins. Un hommage à Susan, la fille de Stan Lewis, « Susie Q » met en vedette le grand guitariste James Burton, un des meilleurs joueurs de tout temps.

Pour en lire davantage sur la courte et triste vie de Little Walter et pour écouter notre trio jouer un autre de ses gros hits, cliquez sur ce lien :
« My Babe »

 

Richard Séguin – voix, guitare électrique
Alrick Huebener – contrebasse
Roch Tassé – batterie

 

Boom Boom (Out Go The Lights)

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« The Bourgeois Blues » de Lead Belly

Lead Belly et son épouse Martha

Il y a toujours eu une relation spéciale entre Lead Belly (Huddie Ledbetter, 1888-1949), le folkloriste John Lomax (1867-1948), et son fils Alan (1915-2002). Les Lomax ont dévoué leurs vies à la conservation et la publication d’enregistrements de musiciens folk et blues à travers les É.U. et l’Europe. Les artistes qu’ils ont découverts et aidés à promouvoir comprennent le géant du blues Robert Johnson, le chanteur de protestation et l’influence première de Bob Dylan, Woodie Guthrie, l’artiste folk Pete Seeger et le bluesman Lead Belly, entre autres.

En 1933, John Lomax a acheté une enregistreuse de disques pesant 315 livres, la fine pointe de la technologie à l’époque, et l’a installée dans le coffre-arrière de sa voiture. Lomax a enregistré Lead Belly avec cette machine quand il était à la prison de l’état de la Louisiane à Angola. Plusieurs histoires ont fait surface alléguant que Lead Belly, incarcéré séparément au Texas et en Louisiane, avait gagné une libération anticipée aux deux endroits grâce à ses talents de chansonnier. Telle est la déclaration d’un article honteux et raciste dans la revue Life (voir la photo ci-haut), daté du 19 avril 1937 et intitulé « Bad Nigger Makes Good Minstrel. » De fait, ses libérations avaient plus à faire avec les mesures de réduction des coûts suite à la Grande Dépression, et sa conduite exemplaire lorsqu’il était incarcéré. Après sa libération, Lead Belly a été engagé comme chauffeur et assistant des Lomax dans leurs enregistrements de chansons à travers le Sud.

En 1937, Alan Lomax était assistant en charge de l’archive des chansons folk de la Librairie du Congrès à Washington, D.C. Il a invité Lead Belly à Washington pour enregistrer pour la collection de la Librairie et les deux se sont mis d’accord de se rencontrer avec leurs épouses, sortir pour souper, faire de la musique et s’amuser. La première nuit que Lead Belly et son épouse ont passé à Washington, aucun hôtel ne voulait louer une chambre à des Afro-américains. Lomax a offert au couple de passer la nuit à son appartement. Le lendemain, Lead Belly s’est réveillé au son d’une dispute entre Lomax et le propriétaire à propos de la présence de Noirs dans son hôtel, avec des menaces d’intervenir auprès de la police. Lorsque Lead Belly, Lomax et leurs épouses ont voulu souper ensemble, ils ont découvert que c’était impossible de trouver un restaurant qui servirait un groupe de race mixte.

Plus tard, en discutant de ces incidents entre amis, quelqu’un a fait la remarque que Washington était une ville bourgeoise. C’était la première fois que Lead Belly entendait le mot et, une fois que le sense lui fut expliqué, tout a cliqué et il a composé « The Bourgeois Blues » en quelques heures. Dans mon opinion, c’est l’une des chansons les plus importantes et culturellement significatives du 20e siècle.

Jump Jim Crow

À nos oreilles « modernes », la pièce est scandaleuse pour l’utilisation du mot « nigger » mais en 1937, tout le monde parlait ainsi. Depuis la guerre civile, les législations du Sud ont systématiquement passé des lois de ségrégation raciale dirigées contre les Noirs. L’intention était de supprimer la nouvelle liberté des esclaves afro-américains émancipés, introduite par la guerre civile. En premier appelés les Black Codes, ces statuts ont par la suite été connus comme les lois Jim Crow. L’origine de la phrase « Jim Crow » vient de « Jump Jim Crow », une caricature des minstrel shows effectuée en blackface par le comédien Thomas D. Rice en 1832. Suite à sa célébrité, « Jim Crow » est devenu une expression péjorative visant les Noirs. La pratique grossière et irrespectueuse de la ménestrelle et du blackface a continuée, bien qu’en diminuant, pour tout le 20e siècle. La page de couverture d’une première édition de la chanson « Jump Jim Crow », circa 1832, est reproduite à la droite.

 

Richard Séguin – voix, guitare 12 cordes, guitare slide acoustique, mandoline, guitare MIDI (tuba)

 

The Bourgeois Blues

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« She Belongs To Me » de Bob Dylan

Bob Dylan en 1965

Bob Dylan en 1965

Quand j’avais 15 ans, depuis ma petite ville paisible de l’Ontario rural, j’ai dû me réconcilier avec le vaste monde externe, plein de conflits, de contestations et de guerres. Je me souviens que j’étais tellement désorienté que je cherchais désespérément une prise de main pour m’empêcher de tomber. Le stabilisateur m’est venu sous la forme de « Bringing It All Back Home », l’album classique de Bob Dylan publié en 1965. Ironiquement, il n’y avait absolument rien de rassurant nulle part sur ce disque.

« Bringing It All Back Home » est divisé en deux faces complètement différentes. Sur la face A du microsillon original, Dylan joue avec des instrument électriques et de la batterie – une décision qui l’a aliéné de la communauté folk. De même, sur la face B acoustique du disque, il se distance des chansons de protestation qui l’avaient si étroitement identifié, puisque ses paroles devenaient de plus en plus abstraites et personnelles. Une telle pièce est l’énigmatique chanson d’amour « She Belongs To Me.» Elle décrit une femme qui appartient nettement à personne.

« She Belongs To Me » a été subséquemment publié sur plusieurs compilations et disques « live » de Dylan. La pièce fut également le côté B d’un 45 tours pour la promotion de « Subterranean Homesick Blues » en 1965. Dylan joue « She Belongs To Me » à un rythme rapide, que j’ai diminué considérablement ici. J’ai aussi accordé une marge de manœuvre à Alrick afin qu’il puisse s’exprimer par son jeu superbe sur la contrebasse, y compris son solo émouvant.

Richard Séguin – voix, guitare 12 cordes, guitare classique

Alrick Huebener – contrebasse

She Belongs To Me

Ceci est la 10e pièce de Dylan que nous jouons sur le site et ça ne sera certainement pas la dernière. Pour écouter nos versions de ces chansons, cliquez sur les liens ci-bas

Don’t Think Twice, It’s Alright

Buckets of Rain

Highway 61

Subterranean Homesick Blues

From a Buick 6

Et, avec la voix de mon frère Robert :

Desolation Row

Girl From The North Country

My Back Pages

Oxford Town

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« Dust My Broom » d’Elmore James

Comme plusieurs autres chansons de blues, « Dust My Broom » est arrivée à sa forme présente en passant par d’autres chansons, la plus ancienne étant «I Believe I’ll Make A Change », enregistrée en 1932 par les jumeaux identiques Aaron et Marion Sparks, utilisant le nom « Pinetop and Lindberg. » Aaron a choisi « Pinetop » en honneur à Clarence « Pinetop » Smith, le grand pianiste du boogie-woogie, tandis que Marion a choisi Lindberg parce qu’il pouvait vraiment danser le Lindy Hop! Cette danse, nommée pour l’aviateur Charles Lindberg, fut toute une sensation durant l’ère « Big Band » vers la fin des années 30 et le début des années 40.

Marion Sparks

Les frères Sparks n’ont enregistré qu’une poignée de pièces parce que Aaron fut empoisonné avant son 30e anniversaire. Marion a passé beaucoup de temps allant à l’encontre de la loi pour la contrebande, les jeux d’argent, les batailles et même l’homicide involontaire. La seule photo disponible des frères Sparks est la photo d’identité de Marion en 1934, gracieuseté de la police de St Louis! En dépit de leur bref temps comme musiciens, les frères Sparks nous ont donné les classiques du blues « 61 Highway Blues », rendu célèbre par Mississippi Fred McDowell et « Every Day I Have The Blues », associé à B.B. King et Big Joe Williams, le chanteur de l’orchestre de Count Basie.

Robert Johnson

Robert Johnson

En 1936, Robert Johnson, un des meilleurs bluesmen de tout les temps, a enregistré « I Believe I’ll Dust My Broom », une transformation Delta Blues de la version des frères Sparks qui a saisi le dynamisme et l’intensité de la pièce. Johnson a ajouté quelques nouvelles paroles et a aussi introduit les triplets répétés à la guitare que Elmore James a par la suite transformé en une des passes de guitare les plus reconnaissables dans l’histoire du blues. Johnson est décédé en 1938 à l’âge de 27 ans, supposément empoisonné par un mari jaloux. Il a eu le temps d’enregistrer 29 pièces dans sa courte vie, tous très influentes sur le développement du blues et du Rock ‘n Roll.

Elmore James

Elmore James

Elmore James est né le 27 janvier 1918 à Richland Mississippi, le fils de Leola Brooks, une ouvrière agricole de 15 ans. Il a pris le nom James de Joe Willy James, un métayer et peut-être son père. Un musicien à 12 ans, James a parcouru le Mississippi rural avec Sonny Boy Williamson et a rencontré Robert Johnson, de qui il a probablement appris « I Believe I’ll Dust My Broom.» Après un passage dans la Marine américaine durant la guerre, James s’est joint à Sonny Boy Williamson dans les fameuses émissions King Biscuit à la radio et, en 1951, les deux ont auditionné pour la petite compagnie, Trumpet Records. James a signé un contrat d’enregistrement mais la seule pièce qu’il a enregistré à ce temps fut « Dust My Broom. » Le 45 tours, avec une interprétation de «Catfish Blues » de Bobo Thomas au verso, indiquait « Elmo » James comme interprète des deux pièces. L’enregistrement de « Dust My Broom » en 1951 a eu lieu quand l’amplification électrique était encore à ses débuts et est un de ces rares enregistrements qui a changé le cours de la musique blues. Le rythme de danse sévère, la guitare slide, électrique et irrésistible, et la superbe voix de James en font un coup de foudre attrapé en bouteille. Les registres régionaux indiquent que « Dust My Broom » a grandi en popularité à travers les É.U. La pièce s’est même inscrite au palmarès national « Top R&B singles » de Billboard en avril 1952, avec un sommet en 9e position. Le succès du 45 tours par la petite compagnie de Trumpet Records a mené à une ruée vers James par plusieurs autres compagnies, tous cherchant un autre hit. Par conséquent, James a enregistré « Dust My Broom » pour plusieurs compagnies de disque durant sa carrière, toujours avec des variations mineures. Mon enregistrement préféré fut réalisé pour Fire/Fury Records en 1959.

À partir de 1952, James a divisé son temps entre le Mississippi et Chicago. Son groupe de musiciens se nommait les Broomdusters et mettait en vedette son cousin « Homesick » James. L’orchestre était tellement puissant que le monde jetait souvent des piastres sur la scène. Les Broomdusters étaient considérés l’égal de l’orchestre de Muddy Waters, qui comprenait Jimmy Rogers, Little Walter et Otis Spann. Bien que « Dust My Broom » est demeuré sa pièce signature sur scène et sur disque, James nous a aussi laissé les standards du blues « The Sky Is Crying », « Madison Blues » et « Done Somebody Wrong. » Depuis la guerre, Elmore James savait qu’il avait un sérieux problème cardiaque. Il est décédé d’une crise cardiaque à Chicago en 1963, quand il s’apprêtait à aller en tournée en Europe avec le American Folk Blues Festival. Il avait 45 ans.

NOTES : L’expression « dust my broom » veut dire déloger d’une chambre louée, balayant avant de partir. Généralement, l’expression est utilisée quand on laisse n’importe quelle mauvaise situation derrière soi. Peu entendue de nos jours, l’expression « no-good doney » indique une femme de piètre moralité.

 

Richard Séguin – voix, guitares électriques
Alrick Huebener – contrebasse électrique
Roch Tassé – batterie

 

Dust My Broom

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« In The Pines », une chanson simple qui vit au-delà du temps

Leadbelly

Leadbelly (Huddie Ledbetter) (1888-1949)

« In The Pines » est une chanson américaine traditionnelle qui date de 1870, tout au moins. Son origine est largement considérée la région des Appalaches du sud (le Tennessee, le Kentucky, la Caroline du Nord et la Georgie) mais pourrait aussi avoir une histoire irlandaise antérieure. Comme bien d’autres chansons folkloriques, elle fut passée de bouche à oreille d’une génération et d’une place à une autre. La première version imprimée des paroles fut publiée en 1917 et une version fut enregistrée sur cylindre phonographique en 1925. Les premiers enregistrements commerciaux de la pièce datent de 1926, par divers artistes de bluegrass et de folk. Dans son doctorat de 1970, l’ethnomusicologue Judith McCulloh a trouvé 160 permutations de « In The Pines. » La pièce a été enregistrée sous des titres aussi variés que « Black Girl », « My Girl », « In The Pines », « Where Did You Sleep Last Night » et « The Longest Train. »

Bill Monroe (1911-1996)

Bill Monroe (1911-1996)

En 1994 dans le New York Times, Eric Weisbard a décrit « In The Pines » comme « une chanson simple qui vit au-delà du temps. » Elle vit aussi au-delà des styles. Au cours des années, la pièce a été enregistrée en versions blues (Leadbelly, Leroy Carr), bluegrass (Bill Monroe, Doc Watson), country (Dolly Parton, The Oak Ridge Boys), rock (Link Wray, The Grateful Dead), traditionnelle (Roscoe Holcomb, Ralph Stanley), folk (Pete Seeger, Odetta), même grunge (Kurt Cobain, Marilyn Manson) et pop (Connie Francis, Tiny Tim). Près de mon cœur est une version cajun de Nathan Abshire, chantée en français et publiée sous deux titres différents, « Pine Grove Blues » et « Ma négresse. » Ce fut le plus grand succès d’Abshire.

Nathan Abshire (1913-1981(

Nathan Abshire (1913-1981)

Pour toutes ces différentes versions, trois éléments sont presque toujours présents : le train, la fille infidèle et les pins eux-mêmes, qui sont vus comme la sexualité, la solitude ou la mort. Dans la chanson, le train le plus long vient de la Georgie où Joseph Emerson Brown, un ancien gouverneur, exploitait des mines de charbon vers 1870, utilisant des prisonniers comme ouvriers. Il est souvent suggéré que le capitaine qui se défait de sa montre indique que le train est un passage éternel de la vie vers la mort. Je chante aussi le « couplet de la décapitation », qui est souvent omis.

Doc Watson (1923-2012) & David Grisman

Doc Watson (1923-2012) & David Grisman

De nos jours, « In The Pines » est surtout associé à Leadbelly (Huddie Ledbetter) et Bill Monroe, qui ont tous deux enregistré plusieurs versions influentes de la pièce dans les années 1940. Pour mon enregistrement, je me suis fié aux enregistrements émouvants de Leadbelly et j’ai décidé d’ajouter une mandoline en hommage à Bill Monroe. J’ai aussi écouté sans cesse à un enregistrement de Doc Watson et David Grisman, un des meilleurs joueurs de mandoline au monde, jouant la pièce en un concert de 1998 à Watsonville en Californie. C’est un exemple saisissant du talent artistique dans un ordre des plus élevés.

 

Richard Séguin – voix, guitare 12 cordes, mandoline

 

In The Pines

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