« Papa’s on the Rooftop » de Leroy Carr

Dans les années 1920, quelques compagnies américaines ont contruit une machine portative à produire des disques et ont parcouru le sud rural afin de faire les premiers enregistrements de styles de musique ethnique tel le cajun, le traditionel, la musique mexicaine et hawaïenne et même des chants amérindiens. Ces enregistrements furent appelés le « Big Bang » de la musique américaine par Johnny Cash. Aussi, la première musique jug band fut enregistrée à cette époque par le Memphis Jug Band. Trop pauvres pour posséder des instruments, ces artistes créaient leur musique avec divers articles et des objets trouvés tels les harmonicas, les kazoos, les cruches, les peignes et les contrebasses construites avec une cuve de lavage, un manche de balai et une corde quelconque.

Jim Kweskin Jug Band

J’ai entendu la musique jug band pour la première fois dans les années 60 quand j’ai vu le Jim Kweskin Jug Band sur les programmes de musique folk à la télé à cette époque. Un de mes orchestres préférés, le Jim Kweskin Jug Band a transformé la musique d’avant la Seconde Guerre mondiale en un mélange animé de blues, ragtime et folk. Le jug band de Kweskin s’est formé graduellement. Quand Kweskin était à l’université de Boston, il a vu un orchestre nommé The Hoppers qui métait en vedette un joueur de contrebasse « cuve de lavage » nommé John « Fritz » Richmond. Plus tard, il a rencontré et commencé à jouer avec Geoff Muldaur, un mordu du blues. Quand Fritz Richmont est revenu d’une tournée avec l’Armée américaine, ils ont formé le Jim Kweskin Jug Band, ajoutant Mel Lyman au banjo et à l’harmonica, et Richard Greene au violon. Le groupe a connu un succès immédiat et a signé un contrat d’enregistrement avec Vanguard Records.

C’est en jouant au Bottom Line de New York qu’ils ont rencontré Maria D’Amato, qui chantait et jouait du violon avec le Even Dozen Jug Band, et elle a accepté l’invitation de déménager à Cambridge pour joindre l’orchestre de Kweskin. Peu après, elle a épousé Geoff Muldaur. Le Jim Kweskin Jug Band a cessé dans les années 70 mais Geoff et Maria Mulaur ont joué sur le circuit folk, tout comme Kweskin, parfois accompagné de Geoff Muldaur. Fritz Richmond est devenu un célèbre ingénieur de son et producteur de disques. Maria Muldaur a aussi eu une courte mais fructueuse carrière solo, enregistrant l’énorme succès « Midnight at the Oasis » en 1973. La chanson a été en nomination pour un Grammy.

Leroy Carr

« Papa’s on the Rooftop », une pièce très populaire dans le répertoire de Kweskin référée principalement comme « Papa’s on the Housetop », fut composée et enregistrée en 1930 par le pianiste-compositeur Leroy Carr (1905-1935). Un alcoolique, Carr est décédé peut après son 30e anniversaire dû aux complications d’une maladie du foie.

J’ai choisi de varier mon arrangement et quelques parole de cette pièce mais mon fingerpicking est semblable à celui de Kweskin, un disciple de Blind Boy Fuller et, comme moi, Mississippi John Hurt.

 

Richard Séguin – voix, guitares acoustiques

 

Papa’s on the Rooftop

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« Buckets of Rain » de Bob Dylan

Bob Dylan

En 1966, Bob Dylan fut impliqué dans un accident de motocyclette qui a mis une fin temporaire à sa carrière. Durant sa récupération, tout a changé et les enregistrements qu’il a publié par après étaient généralement acoustiques et, au mieux, moindrement intéressants. Les temps étaient difficiles – comme il l’a dit lui-même à l’époque, «Tout était faux, le monde était absurde. » Mais en 1975, Dylan a publié « Blood on the Tracks », un des plus importants disques de sa carrière. « Buckets of Rain », que je joue ici, est un blues « country » qui met fin au disque, joué dans le style de finger-picking Piedmont. Ce style, basé sur la musique de piano Ragtime, tire son nom du plateau Piedmont de l’est des É-U, d’où plusieurs des guitaristes qui jouaient ce style sont originaires.

Mississippi John Hurt

Je joue cette pièce de Dylan dans le style de Mississippi John Hurt. En 1965 et 66, j’ai vu Mississippi John jouer sur quelques programmes de télé sur le renouveau folk, populaires à l’époque, et j’ai tout de suite compris que, plus que toute autre chose au monde, je voulais jouer comme lui. Plus tard, j’ai su que Mississippi John (1892-1966) avait appris à jouer de lui-même, tout comme moi. Il était agriculteur d’Avalon au Mississippi qui fut enregistré en 1928 par la compagnie de disques Okeh mais les enregistrements n’ont jamais trouvé audience. Il est retourné à sa ferme d’Avalon pour presque quarante ans. En 1964, il a été enregistré par la Bibliothèque du Congrès et ces enregistrements ont connu un grand succès avec notre génération et Mississippi John est devenu le favori des foules sur le circuit collégial et des cafés. Malheureusement, il est décédé avant de pouvoir jouir de cette popularité tardive. Son influence sur la musique contemporaine est vaste et ses pièces ont été enregistrées par des artistes comme Bob Dylan, Doc Watson, Bruce Cockburn, Gillian Welch et Taj Mahal, entre autres.

Grandissant à Rockland, c’était difficile pour moi d’apprendre le style de finger-picking de Mississippi John, pour la bonne raison que je n’avais pas d’argent et donc j’étais sans ma propre guitare! Je jouais sur de piètres instruments empruntés. Bien sûr, il n’y avait pas d’internet ni de magazins de musique à Rockland alors j’épargnais pour pouvoir acheter les disques de Mississippi John à Ottawa. J’ai aussi commandé des livres sur le finger-picking par la poste, mes préférés étant ceux publiés par le guitariste Stephan Grossman à New York, qui a eu une sphère d’influence énorme sur des milliers de guitaristes. J’ai acheté ma première guitare quand j’ai commencé à travailler à l’âge de dix-neuf ans. Éventuellement, j’ai appris à jouer dans un style semblable à Mississippi John Hurt – le mien est plus percutant. Mes premières compositions enregistrées dans les années 70 furent tous basées sur ce style de finger-picking. À ce jour, ce dont je suis le plus fier est d’avoir appris à jouer comme Mississippi John Hurt, un de mes plus grands héros.

Richard Séguin – voix, guitares acoustiques, contrebasse électrique

Buckets of Rain

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« Forty-Four » de Howlin’ Wolf

Roosevelt Sykes

« Forty-Four » est une pièce classique du blues dont les origines ont été retracées à la Louisiane du début du 20e siècle. Dans ses premières formes, la pièce était un blues instrumental joué au piano et parfois connu comme « The Forty-Fours. » Little Brother Montgomery, généralement crédité du développement de la pièce, l’a enseigné au pianiste Lee Green, qui l’a enseigné à Roosevelt Sykes. C’est Roosevelt Sykes qui a fourni les paroles à la pièce et l’a enregistré pour la première fois en 1929. C’était son premier disque et la chanson est devenu sa pièce-signature. Avec de nombreuses adaptations et enregistrements au cours des années,« Forty-Four » est demeuré une partie vibrante du lexique du blues jusqu’à ce jour.

Quand Howlin’ Wolf a enregistré sa version de « Forty-Four » en 1954, tout a changé. Appuyant l’harmonica et le vocal de Wolf, les musiciens étaient Hubert Sumlin et Jody Williams à la guitare électrique, Otis Spann au piano, Willie Dixon à la contrebasse et Earl Phillips à la batterie. Ils transforment « Forty-Four » en un blues impérieux de Chicago mettant en vedette des passes de guitares agressives. Par contre, c’est la prestation de Earl Phillips qui commande la chanson, avec sa cadence militaire sur le snare et une grosse caisse qui descend comme un marteau. Avec la voix sévère et irrésistible de Wolf, l’effet global fut décrit par un critique de l’époque comme « menacant. »

Howlin’ Wolf et son orchestre

Quand j’avais 21 ans, mon frère s’est acheté un magnétophone Sony et j’ai enregistré quelques unes de mes chansons préférées avec des amis musiciens au sous-sol de notre demeure. J’étais de plus en plus captivé par le blues à l’époque et une des pièces que nous avions enregistré est « Forty-Four. » Incroyablement, les bandes magnétiques ont survécu et je peux entendre la passe d’Hubert Sumlin que j’avais légèrement modifiée pour cet enregistrement. J’ai conservé cette modification sur notre enregistrement. Lowell George (1945-1979) a introduit une guitare slide dans la version de « Forty-Four » enregistré par Little Feat et j’ai aussi utilisé un slide ici.

Wolf n’a chanté que deux versets sur son enregistrement historique de « Forty-Four » et j’en ai ajouté deux. Le troisième verset vient de l’enregistrement original de Roosevelt Sykes en 1929. Le dernier verset vient de « I Asked For Water », un blues transe classique d’Howlin’ Wolf.

Richard Séguin – voix, guitares électriques, guitare slide, guitare MIDI (piano)
Alrich Huebener – contrebasse
Roch Tassé – batterie, buffalo drum

Forty-Four

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« Orphan Girl » de Gillian Welch

David Rawlings et Gillian Welch

Le pays des États Unis fut peuplé en majorité par des immigrants de l’Angleterre, l’Irlande, l’Écosse et l’Afrique occidentale. Ces différentes cultures avaient toutes leur propre musique et leurs propres instruments. Transmise d’une génération à l’autre, cette musique diverse a changé et, comme ces groupes ethniques différents s’entremêlaient, il en suit une musique hybride couramment connue comme le folk, le bluegrass, le cajun, le blues et la musique « old time » La seule chose que ces styles ont en commun est qu’ils sont tous joués sur des instruments non-électriques.

Comme adolescent, je suis arrivé à la musique acoustique à travers Bob Dylan et j’ai tout de suite été captivé par la musique celtique de guitaristes comme Bert Jansch (1943-2011). Une des circonstances les plus satisfaisantes de ma vie est de témoigner la vitalité infusée dans la musique acoustique par d’excellents jeunes musiciens et le respect de la tradition que leur nouvelle musique illustre. Gillian Welch est une telle musicienne.

À travers ses parents, Gillian Welch a connu la musique de Bob Dylan, Woody Guthrie et de la famille Carter. Elle a composé « Orphan Girl », une chanson de foi et de famille, comme partie de son premier disque, « Revival. » Ses compositions sombres et minimalistes, accompagnées de l’excellent guitariste David Rawlings, la place à l’avant-garde de la musique acoustique contemporaine.

Richard et Mélanie

Sur cet arrangement de « Orphan Girl », il me fait grand plaisir de vous présenter la nouvelle voix passionnante de Mélanie Phipps. Mélanie demeure avec sa petite famille dans la région de La Pêche au Québec. Comme moi, ses premiers souvenirs de la musique viennent de sa mère, qui chantait à elle-même en travaillant. En grandissant, la musique faisait partie des rencontres familiales et elle s’est jointe à plusieurs chorales dans les régions de Montréal, Ottawa, Chelsea et Wakefield. Melanie est bien connue dans quelques boîtes de Wakefield, où elle chante à l’occasion. Elle joue du ukulélé et a commencé à composer quelques pièces alors j’envisage d’autres collaborations avec Mélanie dans un avenir pas trop lointain.

Mélanie Phipps – voix
Richard Séguin – guitare acoustique, mandoline

Orphan Girl

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« Folsom Prison Blues » de Johnny Cash

Johnny Cash

Johnny Cash (1932-2003) fut un des artistes les plus populaires de tous les temps, avec des ventes de plus de 90 millions de disques à l’échelle mondiale. Bien que principalement associé à la musique country, il était confortable avec le rock ‘n roll, le rockabilly, le blues, le folk et le gospel. Cash a la distinction d’être à la fois intronisé aux Temples de la renommée du rock ‘n roll, de la musique country et du gospel.

De nature insoumise, Cash a toujours été à la défense des pauvres, des dépourvus et des opprimés, chantant ses chansons de chagrin, de détresse morale et de rédemption. Il portait toujours du noir sur scène et il était pour tous « l’homme en noir. »

La famille Cash était pauvre et a connu les épreuves de la Grande Dépression. Jack, le frère aîné de Johnny, travaillait dans une scierie pour aider la famille mais en 1944, il fut impliqué dans un accident à la scierie et est décédé à l’âge de 15 ans. Dévasté, Johnny, lui-même à 12 ans, a lutté toute sa vie avec la culpabilité produite par la perte de son frère.

Alrick

En 1954, Cash a signé avec Sun Records à Memphis, où Sam Phillips avait déjà Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Carl Perkins, Roy Orbison et Howlin’ Wolf sous contrat. Les premiers enregistrements de Cash, « Hey Porter » et « Cry, Cry, Cry », ont connu un succès immédiat au palmarès country. D’autres succès comme « Folsom Prison Blues » et « I Walk the Line » ont assurés que la valeur marchande de Cash, comme celle d’Elvis, dépasse le budget limité de Sam Phillips. Les deux artistes ont signé des contrats lucratifs ailleurs.

De toute sa carrière illustre et fructueuse, Johnny Cash a pris une décision courageuse et de grande portée quand, en 1968, il a publié des enregistrements réalisés à la prison Folsom State en Californie. Le disque a été un immense succès, atteignant le numéro 1 des palmarès Billboard en country et en pop. D’autres concerts et enregistrements dans des prisons ont solidifié l’image hors-la-loi de Cash et l’ont fait aimer d’une grande section de la population mondiale. En 1972, Cash a rencontré le président Richard Nixon à la Maison Blanche pour plaider la cause de la réforme pénitentiaire. Toujours du côté des non représentés, Cash a publié le disque « Bitter Tears: Ballads of the American Indian » en 1964. Son activisme pour les Amérindiens a typiquement rencontré une résistance fanatique de la part des stations de radio, de l’industrie du disque et des médias mais Cash a quand même foncé de l’avant.

Richard et Roch


La carrière de Cash s’est rajeunie en 1994 quand il a publié ses « American Recordings », un succès auprès du public et des critiques. Cash a enregistré ces pièces accompagné seulement de sa guitare tandis que pour «Unchained » en 1996, il était accompagné de Tom Petty and The Heartbreakers. Les deux disques mettaient en vedette des chansons austères d’artistes plus contemporains et les deux disques ont gagnés des Grammys.

Nous jouons mon arrangement de « Folsom Prison Blues » dans la veine traditionnelle du blues, une approche dont Keb Mo s’est fait le champion.

Richard Séguin – voix, guitares et mandoline
Alrick Huebener – contrebasse
Roch Tassé – batterie

Folsom Prison Blues

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« My Babe » de Little Walter

Little Walter

Little Walter (Marion Walter Jacobs, 1930-1968) fut un chanteur et compositeur de blues dont l’approche simple mais révolutionnaire à l’harmonica a changé le cours de la musique contemporaine. Frustré d’entendre les guitares électriques noyer son harmonica, Little Walter a commencé à mettre ses deux mains autour de l’harmonica et un petit microphone branché dans un système de sonorisation ou un amplificateur. Le son résultant était incroyablement fort et ses courbes et hurlements sur l’harmonica, même son souffle, sortaient comme quelque chose d’irrésistible. C’était un son jamais entendu auparavant et impossible à reproduire sur tout autre instrument. Par après, tout le monde a voulu jouer comme lui. Il fut intronisé au Temple de la renommée du Rock ‘n Roll en 2008.

Little Walter a quitté la Louisiane rurale à l’âge de douze ans pour se balader, jouant avec des artistes comme Sonny Boy Williamson et Sunnyland Slim avant d’arriver à Chicago en 1945. Il s’est joint à l’orchestre de Muddy Waters en 1948 et une écoute aux enregistrements historiques tel « Long Distance Call » et « She Moves Me » suffit à comprendre comment Little Walter changeait si dramatiquement le son du blues. En 1952, il a quitté l’orchestre de Muddy pour enregistrer de lui même et son premier enregistrement, une pièce instrumentale nommée « Juke », a atteint le numéro un du palmarès Billboard R&B, la seule pièce instrumentale à jamais ce faire. Little Walter a connu quatorze succès top dix au palmarès Billboard R&B entre 1952 et 1958 (dont « My Babe », un autre enregistrement numéro un en 1955), éclipsant même les succès de Muddy Waters et de ses collègues de Chess Records, Howlin’ Wolf et Sonny Boy Williamson.

Alrick


« My Babe », comme la majorité du répertoire du blues de Chicago après la guerre, fut composé par Willie Dixon, le contrebassiste et homme A&R (artistes et répertoire) de Chess Records. La chanson est basée sur « This Train (Is Bound For Glory) », une pièce gospel traditionnelle enregistrée à la fin des années 30 par la sublime Sœur Rosetta Tharpe. C’est Ray Charles qui fut le premier à adapter les chansons sacrées en chansons séculaires, une pratique controversée, en changeant l’hymne gospel « It Must Be Jesus » en « I Got A Woman », son succès numéro un au palmarès Billboard R&B au début de 1955. Peu après, Little Walter a enregistré « My Babe » et sa parution au palmarès Billboard R&B a éclipsé « I Got A Woman », passant cinq semaines en première position et devenant un des plus gros succès R&B de 1955.

Richard and Roch


Vers la fin des années 50, Little Walter a enregistré son harmonica sur des sessions d’artistes comme Jimmy Rogers, Memphis Minnie, Bo Diddley, Otis Rush et Robert Nighthawk. Cette période a coïncidé avec son déclin en gloire et en fortune. Un petit homme court dans le monde dur et macho du blues de Chicago, Little Walter était alcoolique avec une mèche courte, ce qui le menait à des altercations violentes qu’il ne gagnait pas souvent, comme le démontrent les cicatrices de couteau à sa figure.

Little Walter a fait des tournées de l’Europe en 1964 et 1967. De retour chez lui, il fut impliqué dans une dernière querelle en prenant une pause durant un concert dans une boîte de nuit dans le côté sud de Chicago, une région de très mauvaise réputation. Tôt le lendemain, le 15 février 1968, il est mort dans son sommeil des blessures subies dans cette bataille. Little Walter avait 37 ans.
 
Richard Séguin – voix, guitares électriques
Alrick Huebener – contrebasse
Roch Tassé – batterie

 
My Babe

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« Jersey Girl » de Tom Waits

Tom Waits

Tom Waits vient d’une famille ordinaire celtique/norvégienne de classe moyenne et, en dépit de ses démons personnels, il est devenu un des plus grands artistes de ma génération. Deux de ses disques ont gagné des Grammy et il est membre du Temple de la renommée du Rock ‘n Roll, malgré le peu de soutien qu’il a reçu de la radio et des vidéos, étant donné le caractère abrasif de sa musique et de ses paroles. En musique, il emprunte du blues, du jazz, du vaudeville et même de la musique industrielle. En paroles, Waits est un disciple de Jack Kerouac, le Beat Generation et Dylan. Sa voix, décrite par un critique comme étant « trempée dans du whisky et laissée à pendre dans le fumoir », est une glorieuse réincarnation de Howlin’ Wolf, avec un peu de Screamin’ Jay Hawkins pour bonne mesure.

Alrick


Bien souvent, les chansons de Waits sont associées avec des artistes plus connus, tels The Eagles (Ol’ ’55), Rod Stewart (Downtown Train), Bruce Springsteen (qui embrasse la rivalité New York/New Jersey dans sa version de « Jersey Girl ») et Sarah Jarosz (Come On Up To The House).

« Jersey Girl » est un superbe paysage sonore évocateur de carnavals sur la rive, la lune reflétée sur l’eau, le temps passé avec une bien aimée. Une des plus romantiques compositions de Waits, la chanson fut écrite pour sa future femme, Kathleen Brennan. Le couple s’est rencontré sur le plateau du film de Francis Ford Coppola, « One From The Heart », où elle travaillait comme superviseur de script et Waits compilait la bande sonore du film, qui fut nominé pour un Academy Award. Waits a également travaillé avec Coppola sur « Bram Stoker’s Dracula », où il a réalisé la performance définitive de Renfield.

Richard et Roch


Richard Séguin – voix, guitares électriques
Alrick Huebener – contrebasse
Roch Tassé – batterie

Jersey Girl

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Bobby Bare et « The All-American Boy »

Bobby Bare

Le 24 mars 1958, la conscription de l’Armée américaine a piégé Elvis Presley. J’avais huit ans et j’avais la déprime. J’avais aucune idée que le service militaire était une obligation chez nos voisins du sud et, pour une des maintes fois de ma vie, j’ai remercié Dieu d’être Canadien. Elvis a réapparu en 1960 mais il ne fut jamais pareil.

Tout marchait mal à cette époque. En plus de perdre Elvis, on avait aussi perdu Chuck Berry (la prison), Little Richard (la religion), Jerry Lee Lewis (la moralité), Buddy Holly et Eddie Cochrane (des accidents mortels). Le scandale du payola (où les représentants de compagnies de disque payaient les disc-jockeys pour jouer leurs disques) prenait de l’élan et menaçait les industries du disque et de la promotion. Mais en 1959, j’ai entendu « The All – American Boy » à la radio et c’était comme un rayon de soleil. J’adorais l’humour sophistiqué et le language beatnik branché que la pièce amenait à ces sombres temps. Jusqu’à ce jour la pièce demeure une de mes préférées de tous les temps.

Alrick

L’histoire de la parution de « The All-American Boy » est une vrai classique. En 1958, Bobby Bare et son bon ami Bill Parsons tentaient tous deux de décrocher un contrat d’enregistrement en auditionnant des chansons avec des petites compagnies de disque. Parsons venait de terminer son service militaire et Bobby Bare avait écrit « The All-American Boy », un blues parlé qui était une parodie de l’ascension d’Elvis vers la gloire et de son enlèvement subséquent par l’Armée américaine, personnifiée dans la chanson par le fameux « oncle Sam. » La compagnie Fraternity Records a acheté la copie maîtresse de cette pièce mais quand le disque est sorti, Bill Parsons était crédité comme chanteur et compositeur de la chanson. Ironiquement, Bobby Bare s’était aussi rapporté pour son service militaire à ce temps et ignorait tout ce qui se passait. « The All-American Boy » a saisi l’imagination du public et a atteint le no. 2 du palmarès américain et le no. 22 en Grande Bretagne, tout sous le nom de Bill Parsons.

En 1960, Bobby Bare, toujours le bon gars, a témoigné devant la sous-commission Harris (le sondage du Congrès sur l’affaire payola) qu’il avait composé, arrangé et joué « The All-American Boy » avec le but unique d’aider son ami Bill Parsons et qu’il avait accepté que Parsons mette son nom sur le disque.

Richard et Roch

Le scandale payola a ruiné la carrière d’Alan Freed, un des promoteurs les plus dynamiques du rock ‘n roll et un de mes préférés de tous les personnages du rock ‘n roll. J’ai vu deux des films promotionnels que Freed a réalisé en 1956 au théâtre Cartier de Rockland – « Rock Around the Clock » et « Rock, Rock, Rock », qui, entre autres, mettaient en vedette Bill Haley & His Comets, The Platters, Chuck Berry, Frankie Lymon & The Teenagers et LaVern Baker, la plus belle femme que j’avais vu de ma vie. Toutefois le sondage payola a épargné Dick Clark, dont le programme de télévision très populaire, « American Bandstand », est en référence dans « The All-American Boy. »

Bobby Bare est devenu un artiste country très populaire et a connu une longue et fructueuse carrière, faisant des tournées à travers le monde. Après deux essais manqués en 1960, Bill Parsons a renoncé à une carrière en musique.

Richard Séguin – voix, guitare acoustique, guitare électrique
Alrick Huebener – contrebasse
Roch Tassé – batterie

The All-American Boy

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« Valley of Tears » de Solomon Burke

Solomon Burke

Solomon Burke

Solomon Burke (1940-2010) était un pasteur et chanteur qui a changé la musique R&B quand, avec Ray Charles, Sam Cooke et Aretha Franklin, il a introduit la musique Gospel dans la musique Soul des années 60. Un gagnant d’un Grammy et membre du Temple de la renommée du Rock’n Roll, Burke n’a jamais eu un succès « top 20 » mais il a enregistré 41 albums au cours de sa carrière. « Valley of Tears » fut enregistrée en spectacle avec le duo Roots de Gillian Welch et David Rawlings et fait parti de son disque « Live in Nashville. » Gillian Welch a composé la chanson pour Burke.

L’expression « valley of tears » (vallée des larmes) réfère aux difficultés de la vie qui, selon la doctrine chrétienne, ne sont abandonnées que lorsqu’on laisse le monde pour le Paradis. Brillamment, Shakespeare l’a décrit comme « les frondes et flèches de fortune scandaleuse. »

David Rawlings et Gillian Welch

David Rawlings et Gillian Welch

L’expression « vallée des larmes » apparaît d’aussi loin que la Vulgate latine, une version du 4e siècle de la Bible. Le psaume 84:6, l’hymne Salve Régina (une prière à Marie venant de l’Abbaye de Cluny au 12e siècle) et l’hymne allemand de 1752, « Be Still My Soul », font tous référence à la vallée des larmes.

Dans l’intérêt de la divulgation complète, une grande bataille des hauteurs du Golan durant la guerre Yom Kippur entre l’Israël et la Lybie en 1973 porte aussi le nom de la vallée des larmes. Les humains étant ce qu’ils sont, le profane suit toujours le sacré de près.

Richard et Roch

Dans sa vie professionnelle et personnelle, Burke a très bien connu la vallée des larmes. L’intégration de la musique Gospel dans la musique séculière fut très controversée. Burque a été marié cinq fois et a engendré quinze enfants, dont certains ont suivi le père dans l’industrie du disque. De même que sa carrière fiévreuse en enregistrements, son Église a grandi pour avoir 170 missions et 40 000 membres. Il a aidé la Fondation des enfants infirmes, en particulier pour les jeunes aveugles ou défavorisés, étant personnellement responsable de 120 enfants adoptés. Burke possédait des salons funéraires dans trois États et deux de ses enfants ont fait une franchise de son entreprise mortuaire. De plus, Burke a exploité un service de limousines et a continué d’opérer des compagnies qui fournissaient son propre « fast food » aux théâtres et stades – les Soul Dogs et Soul Corn. C’est enfin l’amour que Burke avait pour la popote et la nourriture qui a fait sa ruine puisqu’il a grossi à plus de 350 livres et s`est fait refuser les opérations aux hanches et aux genoux dont il avait tellement besoin. Burke est décédé en arrivant à l’aéroport d’Amsterdam pour un autre concert à guichet fermé le 10 octobre, 2010.

Richard Séguin – voix, guitare acoustique, guitares électriques, contrebasse électrique, guitare MIDI (orgue B3)
Roch Tassé – batterie

Valley of Tears

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« Who`s Been Talking? » de Howlin` Wolf

Howlin` Wolf

Howlin` Wolf (Chester Arthur Burnett, 1910-1976) est né dans une abjecte pauvreté à White Station au Mississippi, un petite station de train. Quand ses parents se sont séparés, sa mère, une fanatique religieuse, l`a envoyé vivre chez son grand-oncle Will Young, un prédicateur qui le battait sans pitié. À l`âge de 13 ans, il s`est enfui chez son père, dans une plantation du Delta, à Ruleville, au Mississippi. C`est là qu`il a appris la guitare de Charlie Patton, un bluesman de la région, et l’harmonica de Sonny Boy Williamson.

En 1951, Wolf est arrivé au studio Sun à Memphis pour une audition avec le grand Sam Phillips, l`homme responsable du lancement des carrières d`Elvis Presley, Johnny Cash, Jerry Lee Lewis et Carl Perkins, entre autres. Phillips se souvient de la première fois qu`il a vu Wolf, un géant de 6′ 3″, 275 lbs qui sortait des champs en salopettes, des trous coupés dans les côtés de ses bottines grandeur 16 pour accommoder ses cors. Quand il l`a entendu chanter, Phillips a dit « Voilà où l`âme de l’homme ne meurt jamais.» La première pièce enregistrée par Wolf chez Sun, « How Many More Years », a connu un succès sur les palmarès R&B et une guerre d`enchères pour les services de Wolf a suivi, gagnée par les frères Chess de Chicago. Phillips dit que la perte de Wolf fut la plus grosse déception de sa vie, pire que la perte d’Elvis, qu’il a vendu à RCA pour 35 000 $ afin que son studio puisse continuer.

Alrick


La voix tempétueuse de Wolf et sa présence imposante sur scène ont fait de lui un des artistes les plus populaires du blues. Beaucoup de ses pièces sont devenus des standards du genre, plusieurs composées par Willie Dixon, l`auteur-compositeur des studios Chess. Son personnage dur et cru sur scène était un contraste frappant avec l`homme lui – même. Analphabète jusque dans la quarantaine, Wolf est retourné à l’école pour obtenir son certificat d`éducation générale et aussi pour étudier en comptabilité et en affaires afin d`avancer sa carrière. Il payait ses musiciens très bien et à temps, leur donnait de l’assurance maladie, l`assurance chômage et la Sécurité de la vieillesse – du jamais vu à l’époque.

Wolf a rencontré son épouse Lillie quand elle est allée le voir jouer dans un club de Chicago. D`après ceux qui les connaissaient, ils étaient un couple amoureux toute leur vie. Ensemble, ils ont élevé Bettye et Barbara, les filles de Lillie d`un autre union.

Wolf a tenté de reconnecter avec sa mère toute sa vie. Au sommet de sa carrière, il a vu sa mère au Mississippi mais elle l`a repoussé. Elle a refusé l`argent qu’il lui offrait, disant qu`elle venait de « la musique du diable.» Hubert Sumlin, son ami et guitariste, a dit que Wolf a pleuré tout le long de leur retour à Chicago.

Richard et Roch


La santé de Wolf s`est affaiblie vers la fin des années 60. Il a eu plusieurs crises cardiaques et ses reins ont été meurtris dans un accident d`auto en 1970. Une intervention chirurgicale pour ses reins a mené à des complications et Wolf est décédé de la procédure le 10 janvier, 1976, à l`âge de 65 ans.

Howlin` Wolf a influencé plus d`artistes que n`importe quel bluesman, même le grand Muddy Waters. Si tu écoutes Captain Beefheart, Joe Cocker, Freddy King ou Tom Waits, tu écoutes Wolf. J`ai donc pensé jouer « Who’s Been Talking? », une de mes préférées de Wolf, dans le style de Tom Waits.

Richard Séguin – voix, guitares électriques, guitare MIDI (saxophone ténor et alto)
Alrick Huebener – contrebasse
Roch Tassé – batterie

Who’s Been Talking?

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